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1 mars 2019 - 08:00 | Mis à jour : 16:45

Voleurs de job?

Voleurs de job les immigrants? Certains clament que oui et d’autres s’interrogent. Les nouveaux arrivants volent-ils vraiment les emplois des travailleurs québécois? Accueillir, oui, mais à quel prix? Quels sont les effets sur le marché de l’emploi et comment la croissance économique se voit affectée?

Ainsi, l’arrivée d’immigrants dans la province affecte-t-elle le marché de l’emploi? En fait, est-ce que les arguments économiques contre l’immigration sont crédibles?

Spoiler alert, non.

Pour débuter, il sera utile de déterminer qui est le travailleur québécois typique «à risque».

Vous le savez déjà. La reconnaissance des diplômes étrangers est un processus ardu, et ce, même si les études demeurent un atout important pendant la sélection. Se faisant, le rendement sur le marché du travail et leur intégration au sein de la société est affecté.

Vous comprenez, ces individus doivent, du moins pendant un certain temps, se tourner vers les emplois qui ne demandent pas de qualifications particulières. 1 + 1 = 2, les travailleurs québécois les plus à risque seront les non qualifiés. Pourquoi?

Parce que c’est la «compétition directe».

Pourtant, il semblerait que ce ne soit pas le cas. En effet, ces conditions affecteraient peu le travailleur québécois non qualifié et encore moins le marché de l’emploi. Comment en sommes-nous certains? Grâce à un épisode en 1980 mettant en scène Cubains et Américains.

Le Mariel Boatlift.

Comme l’objectif ici n’est pas d’expliquer le contexte géopolitique des années 1980, nous allons faire simple. Le 20 avril 1980, Fidel Castro annonce que tout Cubain souhaitant quitter l’île communiste est désormais libre de le faire.

125 000 cubains se dirigeront vers les côtes de la Floride.

Mais qu’est-il arrivé au marché de l’emploi floridien? 125 000 individus arrivés sur le territoire en moins d’un an n’a probablement pas passé inaperçus. Plus de chômage et baisse des salaires?

Eh bien non!

En 1990, l’économiste canadien David Card publie une étude (The Impact of the Mariel Boatlift on the Miami Labor Market. Industrial and Labor Relations Review, Vol. 43, No. 2. Jan. 1990, pp.) sur l’évolution du taux de chômage et des salaires entre 1979-1981. Il compare la ville de Miami (ville ayant absorbé le plus d’immigrants cubains) vis-à-vis 4 autres villes voisines. Le taux de chômage à Miami passera de 5,1% à 3,9% alors que pour les villes-témoins, il passera de 4,4 à 4,3%. Est-ce également le cas pour le taux de chômage dans la catégorie «travailleurs à risque»?

Eh bien oui! De plus, les résultats sont similaires pour les salaires.

Ainsi, l’immigration soudaine de milliers de Cubains n’aura eu aucun effet à court et à moyen terme sur l’économie.

Que pouvons-nous comprendre du Mariel Boatlift? L’économie n’est pas un jeu à somme nulle. C’est-à-dire que lorsqu’un nouvel individu entre sur le marché du travail, il ne volera pas l’emploi d’un autre. Ses propres dépenses sont créatrices d’emploi.

De plus, l’arrivée de nouveaux individus est bénéfique pour la croissance économique d’un pays. Comment? Travailleurs et consommateurs, ils contribuent au même titre que n’importe qui à créer des emplois, et surprises, paient aussi leurs impôts.

Fun fact : le cout le plus important payé par l’État est l’école gratuite pour les enfants d’immigrants. Ces mêmes enfants vont éventuellement payer des impôts et consommer. Je vous laisse le soin de faire le calcul.

En somme, il est très difficile d’appuyer empiriquement les arguments économiques contre l’immigration. Non, le travailleur québécois ne se fera pas «voler» son emploi par un nouvel arrivant. En fait, il a été prouvé qu’accueillir ces individus avait un effet positif à l’économie.

 

Marie-Lou Lafaille, originaire de Saint-Alexandre et étudiante à la maitrise en science politique à l’Université de Montréal

 

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