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12 décembre 2019 - 15:38

La parade du Père Noël

Info Dimanche

Par Info Dimanche, [email protected]

En collaboration avec Société d’histoire et de généalogie de Rivière-du-Loup, Info Dimanche vous présente le conte La parade du Père Noël de Georges Levasseur.

Il fait froid en ce matin de novembre 1951. On s’amuse dans la neige fraîchement tombée la veille. Le fourgon de queue sert de gîte temporaire à un renommé personnage. La locomotive, appelée le pilôt dont le numéro est 8383, crache une fumée noire. Elle tire également le fourgon de queue numéroté 7574. Ce wagon loge le chef de train qu’on appelle conducteur et, habituellement, un serre-freins. Cette fois-ci, on déroge à la règle.

Ce sera « Santa Claus », accompagné de la Fée des neiges, qui habiteront ce logis d’accueil pour la circonstance. Les deux personnages se surveillent afin d’éviter de salir leurs vêtements d’apparat. De la fenêtre ternie par la fumée, on aperçoit les badauds qui longent la rue Lafontaine. Comme c’est d’obligation, selon la règlementation ferroviaire, on devra se munir d’un « ordre » pour circuler sur le « main line ».

Dès que le mini convoi arrive dans sa cachette, on prend soin de fermer les grandes portes de l’atelier afin que les occupants puissent transférer du fourgon au camion-plateforme qu’on utilise pour le transport de la machinerie lourde. Le véhicule est décoré de plusieurs couleurs : rouge, vert clair et blanc; on les veut les plus voyantes possible. On y retrouve le trône du roi des glaces. Les lutins s’affolent et préparent des numéros qu’ils exécuteront au cours de la parade.

Durant ce court laps de temps, s’alignent les cadets qui joueront des airs tels « Vive la Canadienne »; on dirait que les clairons bien frottés jouent mieux. Les tambourins percutent avec brio des accords qui projettent des sons qui évoquent des onomatopées telles que : « Tarapas ta pomme ».

On ne tardera pas à atteler le char allégorique au camion. Tel qu’annoncé à la radio, les commentateurs couvrent l’événement, avec leur doyen, Rémi Beaulieu, en tête. Avant que le camion soit si bien décoré des artéfacts propres aux circonstances, on aura pris soin de veiller à ce que rien ne manque, surtout pas les « kisses » enveloppés dans le papier ciré portant la mention « D. Verdon », bien trop nécessaires en pareille occasion.

Comme à chaque parade, c’est au père Ti-Phonse que l’on confie le soin de cacher les friandises. Il réussit à dissimuler les contenants sous son bureau. En attendant, il déambule de long en large dans « l’office », en fumant sa pipe chargée de parfum d’Italie et récite une vieille rengaine, toujours la même : « Y’a yinque moé dans la « division » capable de compéter comme y faut la « forme » 3903, c’est-à-dire le formulaire des accidents de travail en usage par l’entreprise du Canadien National. Il a triché : il parle la bouche déjà pleine de jujubes! On l’attend : il doit livrer la précieuse cargaison vers les deux heures de l’après-midi.

Sitôt arrivées, les deux boîtes sont placées non loin du siège du bonhomme Noël. On ne tardera pas à aligner les quelque dizaine de véhicules. La police municipale ouvre le défilé. Les clairons précèdent le précieux véhicule. On se met en marche. La foule se masse sur le quai de la gare. Des gens de partout, même des paroisses des environs de Rivière-du-Loup, y figurent. Une pluie de bonbons, genre tire enveloppés dans du papier ciré, fait que les adolescents se bousculent à qui mieux mieux pour en cueillir.

Le défilé ne s’arrête pas. Il emprunte la rue Lafontaine. Les haut-parleurs diffusent des airs de Noël. Les magasins de cette artère principale ont décoré leurs vitrines. Les jeunes veulent attirer le regard de leur mère vers des étrennes qui, pour plusieurs, s’avéreront chimériques. Ils recevront une réplique énigmatique du genre : « Tu vas recevoir un tit-rien tout neuf habillé en bleu ».

On est bien loin des camions Tonka ou encore de la panoplie de jouets japonais rouges que l’on remontait tel un mouvement d’horlogerie. Les grands magasins à chaîne et les centres commerciaux n’ont pas encore vu le jour. Les familles nombreuses soulignent l’événement à l’occasion de Noël en offrant un bas rouge contenant une pomme et une orange Sunkist.

Les haut-parleurs jouent des airs connus tels « Petit papa Noël, Mon beau sapin ». Le cortège défile dans un tintamarre à rendre sourd. Il s’arrêtera à l’hôtel de ville tel que mentionné dans « Le Saint-Laurent », le journal local.

On demande à la foule, par mesure de sécurité, de demeurer sur le trottoir. Les haut-parleurs informent le public que le poste de radio CJFP diffusera, à compter de sept heures du soir, les commandes destinées au Père Noël.

Le moment venu, le message qui suit a bel et bien été entendu en ondes : « Nous avons reçu une lettre des Escoumins de la petite Madeleine Belhumeur adressée au Père Noël. La voici : Cher Père Noël, je voudrais une paire de gants de boxe ».

Je crois que l’on s’est payé la tête de l’animateur. Les jeunes loustics, auteurs du sale tour qu’ils viennent de jouer, ne cessent pas d’en faire les gorges chaudes. Il fallait bien se distraire : à cette époque, la télévision et les jeux vidéo sont inexistants!

 

***

 

Olivier D’Arbogast est le nom de plume de monsieur Georges Levasseur de Rivière-du-Loup qui, depuis 2001, a publié une cinquantaine de textes similaires dans le Bulletin Le Louperivois édité par la Société d’histoire et de généalogie de Rivière-du-Loup. En 2017, ces chroniques, rédigées dans le langage du terroir savoureux de nos ancêtres, ont été regroupées en un volume de 224 pages sous le titre de Vie et truculences d’hier. Cette publication est disponible au local de la SHGRDL.

Une collaboration de la

Société d’histoire et de généalogie de Rivière-du-Loup

67, rue du Rocher, Rivière-du-Loup (QC)  G5R 1J8

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