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17 septembre 2021 - 06:02

Simon Bérubé, candidat pour le Bloc québécois dans Montmagny-L'Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

Info Dimanche a souhaité donner la parole aux représentants des principaux politiques dans les circonscriptions de Montmagny-L’Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup et de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques sous la forme de questions et de réponses touchant divers enjeux de la région du Bas-Saint-Laurent. Voici notre entretien avec le candidat du Bloc québécois dans la circonscription de Montmagny-L’Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup, Simon Bérubé.

Propos recueillis par Andréanne Lebel

Vous n’êtes pas un politicien de carrière, est-ce un avantage ou un désavantage dans l’exercice de fonctions de député par rapport à vos adversaires ?

«Je pense que c’est un avantage parce que ce que je remarque depuis le début de la campagne, c’est que je suis à peu près le seul qui amène de nouvelles idées qui sont vraiment adaptées à notre circonscription. Depuis 2009, mes deux adversaires ont été en campagne l’un contre l’autre quatre fois avec les mêmes idées qu’en 2009, on est rendu en 2021. Ce que je remarque sur le terrain, c’est que les gens veulent un certain changement dans le visage politique de la région, de la circonscription. Ils veulent un petit peu brasser la soupe parce qu’elle a tendance à coller au fond.»

Comment concilier une circonscription dont l’ouest est majoritairement favorable aux propositions conservatrices ?

«Est-ce que l’ouest est majoritairement favorable aux positions des conservateurs ? Je n’en suis pas convaincu. Ce que je pense, c’est qu’un trait d’union doit se faire entre l’ouest et l’est. Malheureusement depuis la réforme de la carte électorale en 2006, ce trait d’union que M. Crête avait commencé à faire, le travail ne s’est pas poursuivi pour créer cette identité de notre circonscription de Montmagny-L’Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup. Ici je parle d’identité touristique, économique, environnementale. Quand je parle aux gens dans l’ouest et dans l’est, les préoccupations sont les mêmes. Je discutais avec la mairesse de Notre-Dame-du-Rosaire au sud de Montmagny, il y a huit municipalités qui n’ont pas de service de garde et qui voudraient s’allier ensemble. Or, il manque l’argent. Il est menacé présentement par le député conservateur et son chef. Même chose dans l’est à L’Isle-Verte, Saint-Hubert, Rivière-du-Loup. La mairesse de Rivière-du-Loup me disait qu’il manque 454 places en garderie. Ce sont des réalités terrain pour les gens et le chef conservateur a été complètement déconnecté de cette réalité de nos jeunes familles, des grands-parents, des voisins. Je suis profondément déçu que son candidat l’appuie dans cette volonté-là de complètement déstructurer notre système de garde au Québec qui fait l’envie du monde entier.»

Quel est selon vous le principal enjeu de la MRC de Rivière-du-Loup ?

«Évidemment, le maintien de la traverse à Rivière-du-Loup. J’ai signé la pétition avec la mairesse Sylvie Vignet cette semaine. C’est un enjeu parce que les lois sur le dragage de Pêches et Océans Canada sont fédérales. Maintenant, pourquoi j’ai attendu à cette semaine avant de me prononcer ? C’est parce que je viens d’un parti qui croit à la science, je suis un candidat qui croit à la science. J’ai fait les recherches et les consultations qu’il fallait pour me prononcer en faveur du maintien du service à Rivière-du-Loup pour ne pas déstructurer l’écosystème économique et touristique de Rivière-du-Loup et de la région. J’ai voulu m’assurer avant, contrairement à d’autres candidats, que les impacts environnementaux du dragage à une certaine période de l’année soient le plus minimes possibles. Ce sera tout au long de mon mandat. Avant de prendre des positions sans avoir étudié le dossier ou sans avoir regardé les conséquences, je vais faire les recherches et consulter les gens qui connaissent le dossier et après ça je prendrai position.»

Vous aviez pourtant répondu lors d’un point de presse précédent que c’était un dossier qui était davantage de juridiction provinciale et que vous ne vouliez pas vous en mêler.

«La décision revient à Québec. Comme député fédéral, l’intervention que je pourrai faire, c’est auprès de Pêches et Océans Canada pour les convaincre qu’un dragage printanier à Rivière-du-Loup n’aura pas les mêmes impacts que sur la Côte-Nord parce que le type de sédiments n’est absolument pas le même. On parle de Rivière-du-Loup, mais on a des marinas un petit peu partout sur la côte aussi. On aura le même problème avec la marina de Saint-Jean-Port-Joli, à Berthier-sur-Mer avec les quais. C’est un enjeu qui touche Rivière-du-Loup, mais qui a le potentiel de toucher toute la circonscription.»

Dans quel dossier les compétences du Québec sont les plus malmenées par Ottawa ?

«La santé. D’un côté on a un Parti libéral qui est chiche sur les transferts en santé. S’il devait y en avoir, leur chef a dit directement en débat qu’il y aurait des conditions. De l’autre côté, on a un chef du Parti conservateur qui dit ‘’je vais faire des transferts en santé, peut-être que je vais mettre des conditions, peut-être pas’’. Lorsqu’on regarde les petites lignes de sa proposition, son augmentation est à peine équivalent des couts de système de manière annuelle. Ce sont on a besoin, c’est un rattrapage majeur pour que les transferts en santé passent de 22 à 35 %. Comme le chef l’a dit lors des débats, pourquoi est-ce que le fédéral saurait plus que le Québec ou que n’importe quelle province comment gérer son système de santé. On n’est pas mieux au Québec ni pire que les autres en matière de gestion du système de santé, sauf qu’un désengagement progressif du gouvernement fédéral a coûté très cher au système de santé québécois et malheureusement, on a été à même de le constater au cours de la pandémie.»

Avec la pénurie de main-d’œuvre au Bas-Saint-Laurent, le fédéral doit-il faciliter l’ouverture des frontières pour les travailleurs étrangers et simplifier les demandes d’immigration ?

«On n’a pas peur du nombre d’immigrants au Québec. L’enjeu, c’est l’intégration et la francisation. Ce que le Bloc québécois demande, c’est que ces pouvoirs soient rapatriés à Québec. De la façon dont ça fonctionne, Québec dit ‘’celui-ci ou celle-là on l’accepte’’. Ça va à deux ans plus tard avant que le fédéral puisse l’accepter. C’est inacceptable parce qu’après ça, ce sont nos employeurs qui subissent le problème, ils attendent pendant un an et demi. Le travail doit se faire maintenant, surtout dans le domaine agricole. On ne peut pas attendre ad vitam aeternam que nos travailleurs et travailleuses arrivent ici. J’ai une vision régionale en concertation avec les élus, les députés du Québec pour travailler et avoir un effort concerté pour s’assurer que ces travailleurs qui viennent de l’étranger arrivent ici, se sentent accueillis et surtout aient le goût de rester dans notre belle région. Les Québécois sont des personnes accueillantes, mais encore faut-il avoir les moyens de bien intégrer ces gens-là, de bien les accueillir, d’avoir du logement aussi. C’est un enjeu partout dans la circonscription […] Le fédéral doit intervenir là-dedans. Je me propose d’être le porte-parole de nos entreprises à Ottawa pour en arriver à avoir des investissements dans la région en logement. Créer cette synergie, cette vision concertée avec tous les acteurs pour qu’on ait une stratégie d’attraction de la main-d’œuvre notamment au niveau international. Je mets mon expérience en relations internationales au service de nos entreprises ici pour justement attirer cette main-d’œuvre qui est souvent plus spécialisée et dont on a grandement besoin.

La francisation et l’intégration ont été des points importants du débat en anglais. Yves-François Blanchet s’est fait taxer d’être raciste, entre autres. Comment avez-vous réagi ?

«Ça m’a choqué parce que ça démontre une incompréhension totale du Canada anglais et des médias du Canada anglais par rapport à la réalité du Québec, par rapport à la nation québécoise, par rapport à notre culture. Il n’y a pas de supériorité morale dans le modèle canadien d’intégration des immigrants. C’est seulement un modèle différent, c’est le leur. Le Québec a un modèle axé sur l’interculturalisme, c’est notre modèle, il n’est pas meilleur, il n’est pas pire que les autres, mais il est adopté à notre réalité de nation francophone dans une mer anglophone. On a assisté à un véritable Québec bashing notamment de la part de la modératrice dont la question était fortement tendancieuse et de la part de la chef du Parti vert qui voulait éduquer notre chef. Ce qui m’a choqué aussi, c’est de voir les chefs des deux partis principaux fédéraux ne pas répliquer. On avait des chefs de partis fédéraux lors du débat en français qui clamaient leur amour pour le Québec mais lors du débat en anglais ils étaient plus tranquilles pas mal pour défendre les intérêts du Québec. Est-ce qu’on peut s’attendre à la même histoire à Ottawa après les élections ? C’est ce que je crains, c’est pour ça que ça va prendre une forte délégation de députés du Bloc québécois à Ottawa, incluant un député de Montmagny-L’Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup du Bloc québécois.»

Dans la liste d’épicerie de François Legault aux candidats fédéraux, avec quel élément êtes-vous en désaccord ?

«Notre chef souscrit aux demandes légitimes du premier ministre François Legault. Ce sont des demandes tout à fait légitimes et je dirais même historiques. Donc, de la liste de M. Legault, pour ma part, je suis tout à fait à l’aise avec cette liste. On a un gouvernement à Québec qui a été élu de manière démocratique, qui est tout à fait légitime et qui peut faire ce type de demandes comme il le souhaite à tous les partis politiques qui œuvrent sur la scène fédérale.»

Que pensez-vous de la sortie de François Legault qui pousse les Québécois à voter pour un gouvernement conservateur minoritaire ?

«En fait je ne suis pas sûr qu’il encourage les Québécois à voter pour un gouvernement conservateur minoritaire. Il a dit que ce serait la moins pire des solutions. Ce que je remarque, c’est le mot minoritaire. Le moyen pour s’assurer qu’un gouvernement soit minoritaire, quelle qu’en soit la couleur, c’est de voter massivement pour le Bloc québécois pour s’assurer d’avoir la balance du pouvoir. L’expérience nous démontre qu’avec la balance du pouvoir, il est possible de faire des gains pour le Québec et de limiter les dégâts qui iraient à l’encontre du Québec parce que ni les libéraux ni les conservateurs ne méritent d’avoir une majorité.»

Comment aider concrètement l’industrie forestière ?

«On a la feuille de route qui a été signée par à peu près tous les acteurs québécois de l’industrie forestière et que Yves-François Blanchet a invité les chefs des autres partis à signer. Alors qu’en terme de ressources naturelles, 10 milliards de dollars canadiens sont investis dans l’Ouest et un maigre 71 millions sont investis au Québec pour aider une des épines dorsales de notre économie québécoise et de nos régions. C’est d’augmenter l’aide aux entreprises forestières pour favoriser la deuxième et la troisième transformation. Mon expérience en relations internationales m’a permis de travailler sur le conflit sur le bois d’œuvre. Il n’est pas normal que nos entreprises de L’Islet-Sud qui coupent leur bois aux États-Unis soient victimes des tarifs américains sur le bois d’œuvre alors que l’argument américain pour imposer ces tarifs, c’est que le bois serait pas assez cher à couper au Québec alors qu’on le coupe aux États-Unis. C’est ce genre de lutte que je veux mener ici au niveau régional. On veut faire une véritable stratégie de construction qui va utiliser le bois québécois. En même temps, cette stratégie est verte et va aider la lutte contre les gaz à effet de serre. À la fois économiquement et écologiquement, des investissements majorés en matière de foresterie seront bénéfiques pour notre région.»

Êtes-vous favorable à un 3e lien au Québec ?

«Le Bloc n’a pas besoin d’être favorable ni défavorable au 3e lien à Québec. C’est un projet du gouvernement du Québec. C’est au gouvernement du Québec de vendre ce projet-là, de le rendre le plus écologique possible pour aller acquérir l’acceptabilité sociale […] Une fois qu’il y aura l’acceptabilité sociale, on verra pour que le gouvernement légitimement élu du Québec ait sa part de financement d’Ottawa qui lui est due. La population du Québec et de notre circonscription aura bien l’occasion de commenter le projet, de le faire transformer si elle le souhaite et de prendre une décision démocratique aux élections municipales et provinciales l’année prochaine. Je trouve curieux que les candidats conservateurs de la grande région de Québec se soient présentés tout de suite en grands défenseurs d’un projet qui pour l’instant est encore embryonnaire. Qu’ils se présentent en cheerleaders d’un projet qui est de juridiction du Québec, en prenant une position claire quelle que soit l’issue du projet, je trouve que c’est d’un cynisme et d’un électoralisme déplorable. On a bien vu avec le projet de Centre Vidéotron à Québec quand ils avaient fait une sortie similaire et finalement le gouvernement conservateur n’y a pas mis une cenne.¢

Il y a quand même votre chef qui a affirmé que le 3e lien avait un potentiel positif pour l’environnement…

«L’objectif d’un potentiel 3e lien c’est d’amener des gens de la rive sud à la rive nord et vice-versa. De quoi ça pourrait avoir l’air ? Est-ce que c’est nécessaire que ce soit le plus gros tunnel au monde ? Ce sera au gouvernement du Québec de convaincre la population et à la population de s’exprimer là-dessus. Il y a toutes sortes d’autres moyens qui peuvent être beaucoup plus écologiques de transporter des gens de la rive sud à la rive nord pour gagner du temps. C’est au gouvernement du Québec de trouver ce moyen et de convaincre la population.»

Dans l’éventualité d’un gouvernement majoritaire, comment pourrez-vous défendre et pousser les intérêts de la circonscription à la Chambre des communes ?

«L’avantage d’être dans l’opposition, c’est de pouvoir s’exprimer. De pouvoir mobiliser les gens, de pouvoir exprimer son désaccord par rapport à des politiques du gouvernement. Le désavantage d’être un député non ministre d’un gouvernement, c’est de ne jamais pouvoir parler même quand on n’est pas d’accord. Donc, d’avaler certaines couleuvres par rapport aux décisions de notre gouvernement et en plus d’être obligé de les défendre dans la circonscription. L’avantage d’être un député de l’opposition, dans un tel contexte, c’est de pouvoir mobiliser la population, c’est de pouvoir mettre les sujets sur la table. On peut encore déposer des projets de loi, apporter des propositions législatives à Ottawa et des modifications en comité. Le Bloc québécois depuis 1993 a traversé plusieurs périodes où il faisait face à un gouvernement majoritaire. Il a prouvé sa pertinence et a souvent été reconnu comme étant une opposition efficace et constructive.»

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