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29 mai 2022 - 06:59

50e anniversaire du Camp musical de Saint-Alexandre : la magie de l’intangible

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

Après des débuts modestes dans le camp forestier de Parke à Saint-Alexandre-de-Kamouraska lors de l’été 1970, le Camp musical Saint-Alexandre a connu de nombreuses péripéties avant de devenir ce lieu de rassemblement musical au cœur de la nature que l’on connaît maintenant, cinquante ans plus tard. Si on en croit le directeur Mathieu Rivest, le secret de la longévité du Camp serait dû à une part de magie, inexplicable, qui réside aussi dans la musique.

«Je ne peux te nommer aucune autre sphère de la société qui atteint ça, quand tu crois en ces valeurs, le dévouement, la bienveillance et tu as envie de les partager, de livrer à la jeunesse […] Je ressens un attachement, un sentiment d’appartenance qui est rare dans nos vies maintenant, surtout à travers notre travail. Je trouve ça beau de voir l’ensemble des différents dossiers qu’on doit mettre sur pied pour que ça marche. Je suis attaché aux gens qui sont passés ici et dont la vie a été transformée», explique Mathieu Rivest. Au fil des années, de jeunes campeurs sont devenus des moniteurs, puis, parfois des professeurs. Et maintenant, ce sont leurs enfants qui fréquentent le Camp musical.

Pascale Rivard, enseignante depuis 20 ans au Camp, croit qu’une partie de la réponse se trouve dans l’esprit d’équipe et de groupe qui se crée chaque été. «Tout le monde veut faire de son mieux et les jeunes musiciens réalisent que s’ils mettent leurs efforts tous ensemble, on peut faire quelque chose de beau. Ce sont des apprentissages qui restent toute une vie.»

Pour son 20e anniversaire d’enseignement, une hutte porte maintenant le nom de La Rivard. «J’ai été vraiment touchée parce que je pense que je mesure mal mon apport au Camp. J’adore enseigner et pour moi n’est normal de transmettre mes connaissances aux autres professeurs».

HISTORIQUE

Entre le déménagement d’une grange en morceaux de Saint-Joseph à Saint-Alexandre, des travaux de plusieurs millions de dollars réalisés en 2012 et le 50e anniversaire qui sera célébré et été, des milliers de jeunes ont pu bénéficier de l’apport de la musique dans leur vie grâce au Camp musical Saint-Alexandre.

En tant que moniteur de terrain de jeux dans la municipalité de Saint-Alexandre, Raynald Dumont souhaitait offrir plus d’activités pour les jeunes. Il les a donc amenés faire du camping pendant une semaine complète sur les terrains de la station forestière de Parke, à l’été 1970. Il s’est allié à l’abbé Alfred Bérubé, un violoniste et multi instrumentiste qui a offert des cours de musique aux jeunes comme activité estivale.

En 1971 et en 1972, des sites plus «permanents» ont été aménagés près de son chalet aux abords de la rivière Fourchue, soit des planchers de bois de 20 par 20 pieds, surplombés par de grandes tentes empruntées au ministère des Terres et des Forêts. Afin d’obtenir des subventions pour poursuivre son développement, le Camp musical a dû s’incorporer comme organisme sans but lucratif, en 1972. Ce n’est qu’en 1978 qu’il a été déménagé sur le terrain où il se trouve actuellement.

Denis Maheux a été directeur du Camp musical vers la fin des années 1970. Il a été témoin du changement de site et surtout du déménagement de la grange en morceaux à partir de Saint-Joseph, jusqu’à son site actuel sur le rang St-Gérard à Saint-Alexandre. Tout ça pour une question de deux arbres que la Municipalité avait refusé d’abattre, dit-on. «Tous les bouts de bois et la tôle étaient étendus sur le terrain et nous avons fait le montage du casse-tête avec Charles Deschênes, un homme à tout faire. On a remis tout ça en état à l’ancienne, avec des échelles et un tracteur», raconte-t-il.

Denis Maheux a quitté le camp au début des années 1980 pour y revenir environ 30 ans plus tard, en tant que responsable d’un événement de musique traditionnelle. «On cherchait un site dans le secteur de Bellechasse ou de L’Islet pour tenir notre activité. Quelqu’un a proposé Saint-Alexandre et ne n’y avais pas pensé. Le hasard a fait que je me suis retrouvé dans mes vieux souliers», constate M. Maheux. Pendant une semaine, des centaines de participants de tous les âges se retrouvent sur le site du Camps musical pour jouer de la musique traditionnelle. «L’esprit du Camp musical est resté identique, mais les bâtiments se sont grandement améliorés. Les arbres que nous avions plantés ont poussé et il y a un couvert forestier différent.» Il indique que les bâtiments ont été reconstruits dans l’esprit de ceux qui étaient là au départ. «C’est un des beaux projets que Mathieu Rivest a réalisé, pour la musique et pour la région». Ce dernier est d’ailleurs impliqué dans la planification du 50e anniversaire du Camp musical et à son idéation.

Le directeur actuel du Camp musical St-Alexandre, Mathieu Rivest, est arrivé comme professeur de musique en 1995. Il en est devenu le directeur quatre ans plus tard, à l’âge de seulement 22 ans.

«La réalité de l’époque n’était pas la réalité d’aujourd’hui. On avait le même parc immobilier, mais ça fermait l’hiver […] Je me suis vite intéressé à l’histoire du camp, aux partenaires aux gens qui ont fait vivre ça. Les années 1990 étaient un peu bizarre, financièrement ça n’allait pas bien et les infrastructures étaient un peu tout croches, disons qu’il y avait de l’amour à donner. Le côté humain de ce qui était ici m’interpelait beaucoup. C’était touchant ce qu’on vivait avec les jeunes et avec l’équipe.»

En tant qu’étudiant en musique à l’Université Laval, il travaillait presque à temps plein afin de mettre des projets sur pied pour le Camp musical en prévision de l’été, dans le but de faire ses preuves. Il invitait ses amis musiciens à monter des projets et à venir enseigner au camp. Au fil des années, le Camp musical St-Alexandre a gagné des prix, s’est joint à l’Association des camps du Québec et a obtenu diverses reconnaissances municipales et même nationales. Les Eurochestries l’ont fait rayonner à l’international.

La deuxième moitié des années 2000 a été marquée par l’élaboration de concerts symphoniques avec des groupes comme Loco Locass Marc Déry, Les Batinses, Karkwa et Damien Robitaille entre 2005 et 2010. Les jeunes faisant partie du camp d’orchestre ont aussi pu participer aux Francofolies.

Les travaux majeurs de reconstruction du Camp en 2012, qui ont nécessité plusieurs millions de dollars, sont nés de la construction du Pavillon Asta, en 2004. La présence de l’homme d’affaires Jacques Poitras est d’ailleurs marquante dans l’histoire du Camp. «Personnellement, c’est touchant pour moi de voir le travail qui a été fait à la suite de ma rencontre avec cet homme d’affaires. Moi comme jeune musicien, développer quelque chose ensemble ç’a été assez important», ajoute Mathieu Rivest.

FESTIVITÉS DU 50e ANNIVERSAIRE

Afin de célébrer les 50 ans du Camp musical, une programmation spéciale des Jeudis concerts a été élaborée à partir du 30 juin jusqu’à la mi-août, vers 19 h 30 à la salle du Haut-Pays. Ils mettront en vedette des gens qui ont été impliqués dans l’histoire du camp à travers les années, dont le pianiste jazz François Bourassa, la chanteuse Jeanne Laforest, le trompettiste Frédéric Demers et le groupe Collation de Rivière-du-Loup. «On veut faire place à la relève et inviter des artistes aguerris, qui sont importants pour nous», explique Mathieu Rivest.

Au cours du weekend du 2 au 4 septembre se dérouleront les célébrations du 50e anniversaire du Camp musical. Le vendredi 2 septembre, l’animation musicale sera assurée par le groupe de musique traditionnelle Marées musique. Un souper sera servi sur place. Le 3 septembre, cinq chapiteaux historiques seront érigés afin de présenter les divers volets du camp. De la musique en continu sera présentée sur le site à partir de 16 h. Claude Hurtubise et son groupe de musique seront en spectacle. Les artistes Carl Mayotte et Jeanne Laforest seront aussi de la fête.

Le dimanche en après-midi, le site sera ouvert à toute la famille pour la journée Asta. Des jeux gonflables seront installés sur place et de l’animation sera effectuée avec des chansons de camp.

En après-midi, le Camp musical recevra Louis-Jean Cormier. En soirée, une activité de ciné-parc est prévue en collaboration avec la municipalité.

PLANS DE DÉVELOPPEMENT

La pause forcée causée par la COVID-19 a permis à l’organisation de réfléchir à ses grandes orientations et de développer une planification stratégique. L’image du Camp musical a été complètement revampée et le site Web a été renouvelé. Tout le parc informatique a également été mis à jour.

Le responsable du Studio Desjardins, Philippe Venne, indique de des démarches avaient été entreprises en 2019 afin de mettre à niveau les équipements informatiques et d’enregistrement. «Nous avons accueilli des artistes en résidence cet hiver, il y a plein de beaux projets qui s’en viennent et j’ai pu y assister.» Au cours des prochains mois, il donnera des cours d’enregistrement en studio et permettra aux jeunes de gagner de l’expérience dans ce domaine. 

«On a mis le paquet pour partir à neuf après 50 ans. On vient de faire un pas de géant, on est prêts pour affronter n’importe quoi», ajoute Mathieu Rivest. L’équipe travaillera ainsi sur le volet de plein air et de développement durable, en plus d’élargir son offre touristique à plus long terme. «Au début de la COVID, on a acheté 73 acres de terres forestières. C’est sûr que ça amène d’autres perspectives de développement», précise M. Rivest. Pour la préparation des repas, une collaboration a été initiée avec Côté Est de Kamouraska. «La mission première reste la musique, mais c’est sûr qu’on est plus comme un domaine, une base de plein air […] On est rendus à un moment où on a envie de s’ouvrir encore plus sur le monde et d’être un pôle culturel important dans la région. On veut que les gens de Saint-Alexandre s’approprient les lieux et en soient fiers ajoute Mathieu Rivest. Si j’ai un seul désir, c’est d’avoir une reconnaissance de notre organisation municipale qui pourrait être toujours grandissante.»

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