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18 septembre 2020 - 06:59 | Mis à jour : 08:20

Diffusion des arts de la scène : Rivière-du-Loup en spectacles garde le cap

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

L’année 2020 est bien différente pour Rivière-du-Loup en spectacles. Quinze spectacles ont dû être reportés alors qu’ils affichaient complet, des locations de salle ont aussi dû être annulées. Pour affronter la situation de crise actuelle, l’organisme de diffusion de spectacles a mis en place une nouvelle formule de programmation mensuelle, lui permettant ainsi d’avoir plus de flexibilité à court terme.

«On ne veut pas revivre l’expérience de la prévente et des reports de spectacles, où on doit recontacter toute la clientèle et se revirer de bord rapidement. La formule de spectacles prévus chaque mois sera répétée jusqu’à ce que la situation se stabilise», explique le directeur général de Rivière-du-Loup en spectacles, Frédéric Roussel.

L’organisme a d’ailleurs participé à l’Étude sur la contribution économique des diffuseurs des arts de la scène à l’économie du Québec réalisée par la firme AppEco, une initiative de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles RIDEAU. Elle révèle qu’au Québec, les arts de la scène représentent environ 20 000 représentations par année, 8 millions de spectateurs et des revenus d’environ 300 M$. Selon cette étude, «chaque mois d’inactivité depuis le début de la crise engendre des pertes de revenus d’environ 7 M$ chez les diffuseurs pluridisciplinaires. Entre le 12 mars et le 30 juin, plus ou moins 3 700 représentations n’ont pas eu lieu. On estime que cela représente des pertes en billetterie de 17 M$, dont plus ou moins 75 % seraient retournés aux producteurs et aux artistes.»

Afin de continuer d’avancer dans ce contexte plutôt difficile, Rivière-du-Loup en spectacles a prévu une programmation confirmée mensuellement, au moins jusqu’en décembre. Les places sont restreintes à 250 au Centre culturel Berger, alors que sa capacité habituelle est d’un peu moins de 1 000 spectateurs. «Au départ, on observait plus de pessimisme, peu de salles voulaient présenter des spectacles cet automne, les offres étaient minimes. Quand les diffuseurs ont commencé à démontrer plus d’intérêt, les producteurs se sont ajustés et ont proposé des projets en prenant en compte la réalité actuelle de la COVID-19», ajoute M. Roussel. À noter que le financement de Rivière-du-Loup en spectacles repose à 70% sur des revenus autonomes.

D’après Frédéric Roussel, autant les diffuseurs que les producteurs ressentent le même sentiment d’urgence de redémarrer la machine, même si les revenus potentiels sont moins élevés qu’auparavant. Pour certains artistes, la pause forcée causée par la COVID-19 a été prolifique. Ils ont hâte de présenter leur nouveau matériel devant le public, quoique moins nombreux dans la salle. «Tout le monde met de l’eau dans son vin. Les artistes acceptent une baisse de cachet […]. Les circonstances sont moins idéales et moins payantes, mais nous avons la mentalité de ne pas augmenter le prix de billets et que les arts de la scène restent accessibles», précise le directeur général de Rivière-du-Loup en spectacles.

Les spectateurs sont dispersés dans la salle selon leur lieu de résidence, en alternance une rangée sur deux et trois sièges séparent chaque bulle «résidentielle». Même si certains spectacles sont présentés gratuitement, Rivière-du-Loup en spectacles distribue des billets afin que la Santé publique puisse facilement retracer les détenteurs en cas de pépin.

«On espère que les gens seront au rendez-vous. Tant qu’on ne nous demande pas d’arrêter les spectacles, que ce soit du côté de la Santé publique ou du Cégep, on garde le cap. C’est préférable de continuer d’avancer. On veut que les gens qui choisiront d’assister aux spectacles se changent les idées au Centre culturel Berger dans un environnement sécuritaire», commente M. Roussel.

Toujours selon l’étude menée par la firme AppEco, les diffuseurs RIDEAU contribuent à générer un PIB de 135 M$ et procurent 19,7 M$ en entrées fiscales nettes, dont plus de 60% proviennent des fournisseurs et des dépenses de consommation des travailleurs. «On le voit les soirs de spectacles, c’est plus achalandé au centre-ville, les restaurants font de meilleurs chiffres d’affaires. Ça n’a pas vraiment d’impact sur l’hébergement parce qu’il s’agit d’une clientèle locale et régionale», analyse le directeur général de Rivière-du-Loup en spectacles. Ce dernier approche par ailleurs la nouvelle vague de cas de COVID-19 au Bas-Saint-Laurent calmement. «C’est une alerte qui prouve à tout le monde que le virus est bien présent dans notre milieu régional.» Il craint toutefois un reconfinement de la région de Montréal, puisque la grande majorité des productions culturelles en proviennent.

Au mois d’aout dernier, le ministère de la Culture et des Communications a annoncé qu’il verserait 20,3 M$ à 318 organismes de création, de production et de diffusion soutenus par le Conseil des arts et des lettres du Québec. De son côté, RIDEAU demande une aide à la billetterie pour permettre une reprise significative des activités et maintenir les emplois qui en découlent. Les restrictions quant au nombre de personnes pouvant être accueillies en salle hypothèquent leur capacité de rentabiliser leurs activités de diffusion, ce qui rend difficile la relance à moyen terme. Au plus fort de la crise, il ne restait que deux employés actifs à Rivière-du-Loup en spectacles, permettant ainsi à l’organisme de réduire ses dépenses.

Les diffuseurs pluridisciplinaires membres de RIDEAU et ayant contribué à l’étude ont un chiffre d’affaires annuel de 144,6 M$ (245,5 M$ valeur de production totale). En moyenne, 70 % des revenus des diffuseurs pluridisciplinaires sont autonomes. Environ 54% des revenus du diffuseur sont reversés en cachets et redevances aux producteurs et aux artistes.

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