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3 mai 2020 - 06:59 | Mis à jour : 09:13

Un Louperivois au front dans une zone rouge de la COVID-19 à Laval

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

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Le Centre d’hébergement et de soins de longue durée Sainte-Dorothée de Laval est parmi les plus touchés par la COVID-19, avec 196 cas et 83 décès selon les données en date du 2 mai. Voyant l’urgence de la situation, le physiothérapeute originaire de Rivière-du-Loup Francis Caron, âgé de 34 ans, s’est porté volontaire et s’est transformé en préposé aux bénéficiaires dans ce CHSLD, où les besoins sont criants.

M. Caron travaille habituellement comme physiothérapeute dans une clinique privée de Laval. Ses heures ont diminué de façon importante puisque seuls les suivis de télé-réadaptation sont maintenus en raison de la pandémie, ce qui représente entre 4 et 10 h de boulot par semaine. «J’avais beaucoup de temps pour faire autre chose, donc j’ai décidé de m’inscrire au site Je contribue dès qu’il a été annoncé. J’ai été vraiment surpris de voir que ç’a pris un mois avant de me contacter. J’ai finalement reçu un appel le samedi de Pâques. J’ai répondu que tout est possible, n’importe quel horaire, n’importe quand», explique-t-il.

Le 16 avril, il a été assigné au CHSLD Sainte-Dorothée de Laval, l’un des lieux d’éclosion de COVID-19 considérés comme une zone rouge. «Le CHSLD Sainte-Dorothée est tellement mal en point que tous les patients sont considérés comme atteints de la COVID-19», résume-t-il. Francis Caron travaille en tant que préposé aux bénéficiaires pour appuyer les équipes en place, mais il peut toujours poser des gestes de physiothérapie pour se rendre utile auprès de la clientèle.

Les résidents alités peuvent représenter plus de trois heures de soins par jour. «Le défi, c’est de les motiver premièrement à se lever de leur lit, ceux qui le peuvent, parce que plusieurs ne voient plus l’importance de le faire. Si on est alité pendant plus de 24 heures à cet âge-là, ça peut prendre plus d’un mois pour regagner ses acquis. Il faut aussi les garder à l’œil parce que cette clientèle est plus à risque de chute, ils ont moins d’équilibre et d’endurance», ajoute Francis Caron.

AU QUOTIDIEN

Son quart de travail débute à 7 h 30 et se termine à 15 h 30. En arrivant, toutes les personnes qui ne sont pas des employés réguliers au CHSLD se rendent au même endroit pour être accueillies. Elles retournent à chaque fois dans le même secteur pour éviter d’être des vecteurs de transmission dans l’établissement de six étages. Les consignes d’isolement gouvernementales s’appliquent si elles ressentent des symptômes liés à la COVID-19. «La situation en réalité et sur papier, c’est très différent. Un coup sur le terrain, il y a beaucoup d’employés qui sont absents soit parce qu’ils ont peur ou ils sont infectés», résume M. Caron. Il revêt donc son masque, des gants, une blouse jetable et se coiffe aussi d’une visière lavable qu’on lui a fournie. «Dès qu’on entre dans une chambre et qu’on touche à des objets ou au patient, il faut enlever nos gants et notre blouse en sortant. On peut garder le masque tant qu’il n’est pas souillé», ajoute-t-il.

Francis Caron arrive lorsque les patients dorment encore et doit en faire manger plusieurs, alors que d’autres peuvent s’alimenter de manière autonome. «Certains ont peut-être moins d’appétit, en plus ils nous voient arriver avec des gros habits d’astronautes, c’est un gros bouleversement pour eux. Certains sont plus agressifs ou renfermés. Si le cognitif ne va pas bien, le danger c’est qu’ils deviennent plus faibles en ne mangeant pas. Parfois ça peut mener à une spirale descendante et à un décès, on veut absolument éviter cela», constate M. Caron. Ensuite, c’est l’heure de la toilette pour les patients, puis il reste un certain temps pour les soins. Le diner arrive peu de temps après et tout est à recommencer.

«L’autre fois, je donnais le repas à une dame et j’ai regardé vers le stationnement par la fenêtre, il y avait un véhicule et des employés d’Urgel Bourgie qui venaient chercher quelqu’un. Il y a malgré tout régulièrement des patients qui nous quittent (…) Parfois, quand on entre le matin, si la porte d’une chambre est barrée, c’est qu’un résident n’a pas passé la nuit. Ils viennent les chercher dans des civières hermétiques, habillés en blanc des pieds à la tête pour ne pas attraper le virus.»

Les employés du CHSLD font aussi de l’accompagnement en fin de vie, dans la dignité avec les moyens qui sont à leur disposition. «Nous avons eu à prendre soin d’une dame très souffrante, elle avait très mal à la gorge et n’était plus capable de manger parce que ça lui causait trop de douleurs. L’infirmière a demandé à la famille si elle désirait des soins particuliers ou encore des soins de confort pour la soulager. La famille a choisi de la laisser aller. On côtoie la mort assez fréquemment, sous toutes ses formes», complète le physiothérapeute. Il rappelle qu'habituellement, le CHSLD Sainte-Dorothée est un milieu où il fait bon vivre, avec des activités planifiées pour les résidents. La COVID-19 a tout chamboulé. 

Depuis le début de la crise, Francis Caron avait le désir de s’impliquer, d’aider et de se sentir utile. Dès qu’il a eu le feu vert de sa famille, il s’est inscrit pour aller prêter mainforte dans le réseau de la santé, sans hésiter.

«J’ai vu à la télévision qu’au CHSLD Sainte-Dorothée, ça brassait pas mal, mais je me suis dit que s’ils ont besoin, c’est clair qu’il faut y aller. Je suis pas mal sûr que je vais l’attraper [la COVID-19], mais la question, ce n’est plus si, c’est plutôt quand ? Je relativise les choses parce que le virus est beaucoup moins agressif chez les personnes plus jeunes. Je suis en bonne santé et je n’ai pas de condition particulière. On sait que c’est quelque chose de méchant, mais il ne faut pas cultiver une peur déraisonnée. Sans rien enlever au sérieux du virus et de la maladie quand il s’attaque aux personnes à risque.»

Francis Caron croit que la lourdeur dans le système de santé actuel doit changer. «Il faudra apprendre de ça pour être plus fort après. Il va falloir qu’il se passe quelque chose et qu’on se penche là-dessus, au-delà des points de presse du gouvernement où on rassure la population.»

Le physiothérapeute métamorphosé en préposé aux bénéficiaires est inscrit à l’horaire au moins jusqu’au 21 mai à temps plein. Il entend rester en tant et aussi longtemps que le CHSLD Sainte-Dorothée aura besoin de lui et qu’il sera en bonne santé.

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2 réactionsCommentaire(s)
  • Bravo à vous Monsieur Caron c'est tout à votre honneur je vous fait une grosse accolade au nom de tout nos aînés xxx

    Lucie Michaud - 2020-05-03 18:02
  • Extraordinaire. Merci de nous faire connaitre ce touchant témoignage. C'est difficile à croire tant qu'on ne le vit pas au jour le jour. Il faut vraiment avoir du courage pour se lancer dans un tel défit. Souhaitons-lui de passer au travers et que ses observations soient utilisées pour améliorer le quotidien de cs gens-là. Car comme le chantait Georges Brassens : je fus ce vous êtes, vous serez ce que je suis.

    gilbert blachon - 2020-05-03 16:56