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12 avril 2020 - 06:54 | Mis à jour : 11:52

Ces professionnels qui s’assurent qu’on ne manque de rien

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

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Il y a un peu plus d’une semaine maintenant, alors qu’une majorité de Québécois étaient confinés à la maison, Maurice Charest était à Newark au New Jersey. Tout près du Lincoln Tunnel, il était à peine à quelques minutes de l’île de Manhattan, New York, l’épicentre de la pandémie de la COVID-19 aux États-Unis. Rassurez-vous, il n’y était pas pour profiter de la vue ou d'autres attraits touristiques.

Maurice est camionneur et propriétaire de l’entreprise Transport Jean Charest Inc. de Saint-Modeste. Chaque semaine, une douzaine de voyages sont effectués au sud de la frontière par des membres de son équipe. C’est d’ailleurs l’expertise de la maison depuis plus de 55 ans. 

Or, si le mandat est resté le même, le travail est bien différent pour les chauffeurs de camions lourds depuis quelques semaines. Par exemple, les voyages sont désormais très expéditifs, les aller-retours directs sont privilégiés. «On y va et on revient rapidement, explique M. Charest lors d’un entretien téléphonique. «Interdiction de se promener», ajoute-t-il. On veut réduire au minimum les interactions avec d’autres intermédiaires. 

Le camionneur d’expérience raconte même qu’il ne quitte pratiquement plus la cabine de son camion lors d’un voyage au pays de l’Oncle Sam. Après tout, le camion est lui-même un espace d’isolement assez efficace. Les procédures ont aussi changé, autant de son côté que chez les clients. Il le remarque. 

«On reste maintenant à l’intérieur du camion en tout temps. On arrive à destination, on s’accote au quai [de chargement], puis une lumière nous indique tout. Quand c’est rouge, c’est qu’ils effectuent le déchargement, puis quand ça passe au vert, c’est qu’ils ont terminé. Avant, on allait aussi dans l’entrepôt pour faire signer nos documents, mais on ne le fait plus», mentionne-t-il, soulignant qu’il ne met les pieds à l’extérieur que pour mettre du carburant et pour répondre à ses besoins d’hygiène et denourriture. 

«On met du carburant par nous-mêmes et on ne peut pas rentrer dans les commerces pour payer. Tout se fait à l’extérieur avec une carte. Plusieurs restaurants sont aussi fermés. Même chose pour les truck stops. Quelques endroits ont des douches accessibles, mais ce n’est pas toujours évident.»

L’hygiène pose aussi parfois un défi, comme ont témoigné plusieurs camionneurs dans les médias du pays depuis le début de la crise. Si certaines haltes routières sont accessibles, autant au Canada qu’aux États-Unis, Maurice les évite le plus possible.

«Ce sont des attrapes à bactéries, dit-il. Tu ne sais pas trop qui est passé là, ni si quelqu’un s’en occupe pour les nettoyer. Je préfère m’organiser autrement. Aux États-Unis, des places où on pouvait prendre des douches ont fermé, mais d’autres sont accessibles, peut-être même plus qu’avant. Et on voit que c’est désinfecté après notre passage.»

Selon les plus récentes données du gouvernement canadien (2018), quelques 3300 camions franchissent tous les jours la frontière canado-américaine, dans les deux directions, afin d’assurer, notamment, un approvisionnement en denrées alimentaires. 

Maurice Charest raconte d’ailleurs que le passage aux douanes est aussi plus compliqué qu’il ne l’était il y a quelques semaines. Naturellement, davantage d’interrogations sont soulevées et les douaniers américains ne manipuleraient plus les formulaires papier.

«Il y a beaucoup de questions.Est-ce que vous toussez? Avez-vous de la fièvre? Avez-vous vu des gens?», demande-t-on. Le camionneur remarque également beaucoup de nouvelles signalisations encourageant la distanciation sociale et rappelant l’importance de rester à la maison. «C’est important que tout le monde respecte les consignes», croit-il. 

TRAVAIL VALORISANT 

Même si la propagation de la COVID-19 s’accélère en territoire américain et que les journées de travail sont longues, Maurice Charest souligne que le moral de ses chauffeurs est bon. L’angoisse est surtout vécue par les familles, dit-il. 

Malgré tout, l’homme d’affaires doit travailler avec une équipe réduite, puisque certains de ses employés sont contraints de rester à la maison par respect pour les consignes gouvernementales, puisqu’ils ont plus de 70 ans. Une autre personne aurait aussi demandé à ne plus traverser la frontière. On respecte son choix. 

Il est aussi important de souligner que les chauffeurs de camion, travailleurs essentiels, n’ont pas à se mettre en quarantaine pour une période de 14 jours à leur retour. Cela dit, ça n’empêche pas l’entreprise d’être responsable. 

«Quand les camions arrivent, ils sont désinfectés et une attention particulière est portée à ce que l’on touche le plus comme le volant et le bras de vitesse. Tout est désinfecté avant que les mécaniciens travaillent», souligne M. Charest, ajoutant que certains chauffeurs font aussi faire leur épicerie pour ne pas à se promener inutilement dans les magasins grande surface. 

En temps de crise sanitaire, le travail dans le domaine du transport est valorisé. Les camionneurs ressentent une belle fierté à remplir les tablettes des magasins toujours ouverts. Les camions de Transport Jean Charest voyagent sur la côte Est américaine, au Sud et même dans certains états de l’Ouest pour ramener des produits aux Québécois. 

«La semaine dernière, un de nos camions a ramené 41 000 livres de fraises fraîches. Un autre a attendu une journée pour transporter de la marchandise du Japon. Plusieurs ne connaissent pas le travail qu’on fait […] mais ce sont toujours des humains qui ramènent les produits. C’est important.»

Leur travail est essentiel, mais leur sécurité aussi. Aujourd’hui, plus que jamais, on réalise l’importance de leur contribution à notre bien-être quotidien. 

 

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2 réactionsCommentaire(s)
  • C'est dans ces moments troubles qu'on se rend compte que tous sont importants pour tous. L'importance est la même dans tous les domaines de la vie. La seule chose qui varie dans nos sociétés évoluées (HUM) c'est le salaire. Le balayeur chez bombardier est nécessaire au bon fonctionnement tout comme l'est le PDG. Seules les décisions vont faire la différence. Si le balayeur fait une erreur, les conséquences sont réparables. Elles ne le sont pas pour le PDG qui ne peut faire d'erreur sans mettre en danger la compagnie comme on a pu le constater. Mais en cette période, on s'aperçoit que la générosité et l'abnégation existent encore. Bravo et merci !

    gilbert blachon - 2020-04-13 11:41
  • Merci de souligner le travail de ces gens. Ils sont indispensables. Chapeau!

    Ida Thiboutot - 2020-04-12 18:45