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7 décembre 2008 - 00:00

Devenir brave pour prévenir la violence

Par un avant-midi de novembre, Jacques Brodeur vient rencontrer un groupe d’élèves de première année pour animer un atelier en vue de prévenir la violence, et ce, en devenant braves.

Dès son entrée en classe, les élèves sont attirés par son chien Noisette qui s’installe bien tranquillement près du tableau vert à quelques pas de son maître. D’entrée de jeu, le conférencier, un enseignant à la retraite qui possède trente années d’expérience dans l’enseignement, suscite l’intérêt. Les élèves se questionnent, réfléchissent, échangent avec M. Brodeur et surtout apprennent à dire non à la violence. En moins de trente minutes, les élèves récitent à haute voix les quatre conseils pour devenir braves.

Quelques minutes avant cet atelier, M. Brodeur a accepté de se prêter à une courte entrevue sur la violence, un sujet qui le touche, qui l’anime. Le regard tranquille, le pédagogue se dit certes préoccupé mais optimiste. Il est possible de prévenir la violence à l’école, dans la société, de modifier les comportements violents, d’inhiber les paroles blessantes, à la condition bien entendu de se donner les outils, les moyens d’agir, d’agir de manière concertée. Le plan d’action qu’il met en place de concert avec la direction d’école, le personnel et les parents est un bel exemple de cette volonté de contrer le problème à la source.

Selon M. Brodeur, trois facteurs peuvent expliquer la violence ; ces facteurs se sont combinés avec le temps. Au cours du dernier quart de siècle, dans toute l’Amérique du Nord, le « Gouvernement familial », comme il l’appelle, a perdu beaucoup de pouvoir. En effet, en plus de subir les contrecoups d’une structure familiale fragilisée, plusieurs enfants ont souffert du manque d’encadrement parental. Lorsqu’on ajoute à ces deux facteurs l’exposition accrue à des divertissements violents, on a réuni les éléments d’un cocktail qui crée des dommages profonds et durables aux développements psychologique et social de tous les enfants.

D’après le conférencier, certaines émissions de télévision, films et jeux vidéo contiennent tellement de violence physique et verbale que plusieurs jeunes ne la voient plus, ils perdent contact avec la réalité. Ils sont victimes d’un effet de désensibilisation. De plus en plus d’enfants et d’adolescents deviennent incapables de distinguer entre fiction et réalité, une compétence qui devrait normalement se développer entre 7 et 13 ans. Plus de mille études scientifiques ont fait la preuve que la télé, les films et les jeux vidéo violents augmentent l’agressivité des jeunes ainsi que leur insécurité.

À titre d’exemple, la quantité de violence déversée par la télévision augmente chaque année depuis 1980. Entre 1995 et 2002, des chercheurs ont découvert que les diffuseurs privés ont plus que quadruplé les doses. Les émissions pour enfants en contenaient déjà de 3 à 10 fois plus que les émissions pour adultes. C’est pour attirer plus de spectateurs, donc à des fins commerciales, qu’on utilise la violence à la télé, dans les films et dans les jeux vidéo. La violence rapporte gros, au détriment de la santé mentale et physique des enfants. La télé cherche sans cesse des trucs pour attirer un plus grand nombre d’enfants et tirer profit de leur vulnérabilité, de poursuivre l’enseignant.

Conséquence : La violence verbale a augmenté, la violence physique aussi. Pour le pédagogue, cette augmentation s’observe partout, dans les familles riches comme dans les quartiers pauvres, dans les écoles privées et les écoles publiques, dans les villes et dans les campagnes.

Que faire alors?

D’une part, selon M. Brodeur, il importe de développer trois compétences chez les enfants. Il faut aider les enfants à reconstruire leur pouvoir d’empathie, à développer leur capacité d’exprimer des émotions et des opinions, particulièrement chez les petits garçons, cibles préférées des diffuseurs de violence. Il faut également aiguiser leur sens critique. Voilà trois compétences qui aideront les enfants à se responsabiliser, à se protéger, à se défendre. D’autre part, il importe de valoriser le « Gouvernement familial », de soutenir les parents dans l’exercice de leur fonction d’encadrement.

Les enfants ont besoin de l’attention de leurs parents. Au lieu de les inonder de cadeaux toujours plus dispendieux, vantés par une publicité toujours plus pressante, les parents doivent consacrer, selon le conférencier, plus de temps à réaliser des activités avec leur enfant.

Chose certaine, quel que soit le plan de match, il aura un impact dans la mesure où les parents et le personnel de l’école collaboreront étroitement, de conclure M. Brodeur.

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