Publicité

4 février 2021 - 14:45 | Mis à jour : 15:44

Déplacements interrégionaux : Québec s'en remet à la bonne foi des Québécois 

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

Twitter Marc-Antoine Paquin
Toutes les réactions 1

Malgré les demandes répétées des partis d'opposition et de plusieurs élus régionaux, le gouvernement n'érigera pas de nouveaux barrages routiers à l'entrée des régions comme le Bas-Saint-Laurent qui passeront en zone orange dès le 8 février. Les déplacements interrégionaux restent «fortement, fortement déconseillés», rappelle toutefois Québec.

La nouvelle a d'abord été annoncée par le premier ministre François Legault mardi, puis elle a été expliquée par vice-première ministre et ministre de la sécurité publique, Geneviève Guilbault, le lendemain.

Selon elle, la Santé publique n'a pas recommandé, à ce moment-ci, le retour de points de contrôle afin de freiner l'envie de visiteurs à se déplacer dans les régions déconfinées. Elle ajoute que les forces de l'ordre n'ont pas non plus les ressources nécessaires pour la mise en place des barrages, eux qui en ont plein les bras avec d'autres tâches. 

«Nos policiers sont déjà très, très occupés par d'autres mesures, entre autres le couvre-feu et les suivis de quarantaine des gens qui reviennent de voyage», a-t-elle expliqué, mercredi. «Si on mettait des policiers pour faire des barrages, forcément il y en aurait moins pour faire autre chose.»

Ainsi, bien que les partis de l'opposition aient fait pression sur le gouvernement pour un retour des barrages, Québec s'en remet essentiellement à la «bonne foi» des citoyens. Les déplacements entre les régions rouges et oranges ne sont pas interdits, mais «fortement déconseillés», rappelle-t-on. 

Ces dernières semaines, à l'approche du déconfinement espéré, des citoyens et des élus du Bas-Saint-Laurent ont réclamé le retour des barrages, notamment à La Pocatière et à la frontière du Nouveau-Brunswick, afin d'éviter que des gens des zones rouges ou de la province voisine viennent rallumer le feu de la COVID-19 dans la région. Actuellement, sur l'ensemble du territoire bas-laurentien, seulement 19 cas actifs sont répertoriés. La situation est encore plus contrôlée en Gaspésie où on ne compte plus que 4 cas actifs. 

Dans un communiqué diffusé en réaction à l'annonce du premier ministre François Legault, la Table régionale des élu(e)s municipaux du Bas-Saint-Laurent a déclaré accueillir «avec satisfaction» l'allégement des mesures de confinement pour la région. Les élus ont cependant rappelé qu'il fallait faire preuve de prudence et ne pas baissé la garde. Ils ont invité les résidents des zones chaudes à respecter l'interdiction de déplacements interrégionaux non essentiels et ont demandé au gouvernement du Québec de «surveiller de près [cette] situation». 

La frontière avec le Nouveau-Brunswick reste aussi un point d'inquiétudes pour les élus et les citoyens de cette MRC. Une éclosion fait rage dans la région d'Edmundston et le nouveau variant britannique du virus y a aussi été décelé chez des personnes malades. Il y a quelques jours à peine, les maires et mairesses du Témiscouata avaient demandé, par résolution, le retour d'un point de contrôle afin de mieux encadrer les allées et venues des résidents de la province voisine. La situation de cette frontière n'a pas été abordée par la vice-première ministre lors de son intervention. 

«On souhaite toujours qu'il y ait un barrage du côté québécois, confirme le maire de Dégelis, Normand Morin. Pour nous ce serait normal avec la situation problématique dans la région d'Edmundston.» 

L'élu reste cependant confiant que les visiteurs néo-brunswickois ne se présenteront pas en grand nombre dans les commerces du Témiscouata au cours des prochaines semaines, puisque ceux et celles qui traverseront devront ensuite rendre des comptes à leurs autorités au retour.

«Le gouvernement du Québec dit qu'il y a déjà un barrage au Nouveau-Brunswick, donc qu'il y a une surveillance qui est faite de ce côté. Quand les gens rentrent au Québec, puis retournent à la frontière, ils doivent respecter une quarantaine. Il y a un suivi qui est fait. [...] Je ne pense pas que les gens viendront magasiner chez nous. Si on aperçoit une voiture du Nouveau-Brunswick, ce sera probablement un travailleur qui oeuvre dans une de nos entreprises. Et cette personne devra passer un test de dépistage chaque semaine pour retourner chez elle», a-t-il expliqué. 

Malgré tout, la position de la MRC de Témiscouata reste la même : on souhaite le retour d'un barrage à la frontière avec le Nouveau-Brunswick. La préfet, Guylaine Sirois, aimerait que la province puisse se protéger elle-même contre les risques potentiels de la hausse des cas dans le nord du Nouveau-Brunswick. Elle ne comprend toujours pas pourquoi le barrage était une solution intéressante au printemps passé, mais plus aujourd'hui. 

«Depuis mars 2020, le territoire du Nouveau-Brunswick est interdit aux Québécois, sauf pour les services essentiels. Par contre, l’accès à notre province est toujours possible pour les Néo-Brunswickois. Pourquoi les mesures ne sont-elles pas les mêmes partout?», se questionne-t-elle. 

Mme Sirois rappelle au passage que l'imposition d'une quarantaine au Nouveau-Brunswick n'a pas empêché certains visiteurs de traverser au Québec et de faire différentes activités par le passé. Certaines d'entre elles auraient même été aperçues dans les pentes de ski du Bas-Saint-Laurent. «Un contrôle de la frontière s’avère essentiel afin d’isoler notre population peu touchée, de la même façon qu’on demande aux personnes de s’isoler les unes des autres afin d’éviter la contagion.»

LES RASSEMBLEMENTS INQUIÈTENT LA SANTÉ PUBLIQUE

À la fin janvier, le directeur régional de la santé publique, le Dr Sylvain Leduc, avait mentionné que le retour des barrages routiers n'offriraient pas de meilleure protection dans le contexte actuel et qu’au contraire, cela pourrait créer un faux sentiment de sécurité dans la population. Le spécialiste avait expliqué qu’un contrôle routier érigé au Kamouraska, par exemple, serait traversé des centaines de fois tous les jours par les travailleurs essentiels comme les professionnels de la santé et les camionneurs. À cela s'ajoute le fait qu'il serait très difficile de bloquer toutes les routes permettant de voyager entre régions voisines. 

«De très nombreuses personnes [continueraient] de passer chaque jour […] On ne serait pas dans une bulle. Le barrage peut être utile dans certaines circonstances, comme on l’a vu au printemps, mais aujourd’hui, il n’aurait pas le même effet. C’est une mesure qui a des avantages, mais aussi plusieurs inconvénients», avait-il dit. 

Lors d'un point de presse tenu mercredi, le Dr Leduc a aussi noté que la poursuite du couvre-feu (bien que son entrée en vigueur sera repoussée à 21 h 30) permettra également d'éviter certains déplacements en provenance des régions limitrophes. «Ça élimine la possibilité que des gens décident de venir au Bas-Saint-Laurent pour faire la fête jusqu'à tard dans la nuit», a-t-il souligné. 

Le médecin estime par ailleurs qu'il n'y a pas de risque majeur à ce que des visiteurs d'une autre région louent un chalet au Bas-Saint-Laurent, du moment qu'ils ne se rassemblent pas avec d'autres personnes. Il s'inquiète davantage des déplacements en motoneige qui seront en hausse dans la région. Les amateurs pourraient par exemple être tentés de se réunir dans les relais qui seront désormais accessibles. 

Pour les autorités de santé publique, les rassemblements illégaux sont actuellement une plus grande source d'inquiétude que les déplacements interrégionaux.

L'OPPOSITION CRITIQUE

Ces dernières semaines, les trois partis de l'opposition, le Parti Québécois (PQ), Québec Solidaire (QS) et le Parti libéral du Québec (PLQ), ont demandé au gouvernement du Québec de renforcer les contrôles aux frontières des régions. Ceux-ci sont revenus à la charge, mercredi, rappelant que des citoyens de partout en province seront tentés de se déplacer pendant la prochaine semaine de relâche. 

«Il devrait y avoir des barrages routiers, des restrictions d'une zone à l'autre», a soutenu Dominique Anglade, chef du PLQ. Gabriel Nadeau-Dubois, député pour Québec Solidaire, a de son côté déclaré que le gouvernement Legault devait «refaire ses devoirs sur cette question». 

Dominique Anglade, chef du PLQ, a déclaré qu'il «devrait y avoir des barrages routiers, des restrictions d'une zone à l'autre», alors que le député de Québec Solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a lancé que le gouvernement Legault devait «refaire ses devoirs sur cette question» à l'approche de la semaine de congé. 

Selon le PQ, les agents de la Sûreté du Québec devront pouvoir remettre des constats d'infraction aux voyageurs interrégionaux. Le chef, Paul St-Pierre-Plamondon, aimerait également que Québec aille même jusqu'à interdire la location de chalets dans les zones oranges pour les citoyens des zones rouges. 
 

Publicité


Publicité

Commentez cet article

Toutes vos réactions

1 réactionsCommentaire(s)
  • Pendant la semaine de relâche, nombre de vacanciers vont profiter de ce long congé pour se réfugier dans les zones orange où le risque est moindre. Ils peuvent en profiter aussi pour voyager plus loin de chez eux et visiter la famille qu’ils n’ont pas eu la chance de voir depuis longtemps et enfin fêter. Pas besoin d’être la tête à Papineau pour comprendre le résultat de positivité sur ces régions.
    Ma suggestion, pas si bête aux yeux de certains, a été d’annuler ce long congé favorable aux longs déplacements et de le remplacer, de façon exceptionnelle cette année, par quatre vendredis consécutifs de relâche scolaire. Ainsi, les enseignants pourraient faire des mises à jour et du rattrapage, les enfants auraient leur repos, et peu de gens profiteraient d’un temps aussi court, pour faire de longs déplacements, qui pourraient déséquilibrer cet écart d’éclosions dont nous bénéficions en région.

    gilbert blachon - 2021-02-04 17:01