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15 juin 2015 - 06:16

À la recherche de l’eider à duvet sur le Pot du Phare

Rivière-du-Loup - Depuis quelques semaines déjà, l’eider à duvet est de retour dans l’estuaire du Saint-Laurent pour se reproduire.

Avant que les iles de la région soient ouvertes au public, une équipe de la Société Duvetnor doit procéder à différentes opérations : la récolte du duvet, le baguage des oiseaux et la compte des nids. Info Dimanche a eu la chance d’assister au processus, lors d’une escapade sur l’une des Iles du Pot à l’Eau-de-Vie.

Mercredi 27 mai, 8h. Le temps est gris et il y a peu d’activités à la marina de Rivière-du-Loup.

Seuls Jean-François Giroux, professeur en biologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et membre du conseil d’administration de la Société Duvetnor, accompagné de quelques personnes de confiance, s’affaire à préparer une journée sur le Pot du Phare. Cela fait maintenant 13 ans que M. Giroux et son équipe font le tour des iles de l’estuaire du Saint-Laurent à la fin mai pour récolter le duvet et des statistiques sur la survie de cette espèce de canard.

« En ce moment, c’est la nidification des eiders à duvet et on est à la fin de l’incubation, c’est un moment crucial. Les oiseaux ont commencé à nicher il y a à peu près 26 jours et juste avant l’éclosion, avant que les femelles partent du nid, c’est le moment de procéder à nos différentes opérations », explique-t-il.

9h. Arrivés sur l’ile, il n’y a pas le temps d’admirer le phare, il faut commencer. L’équipe est aujourd’hui composée de sept personnes. Du nombre, deux ont la responsabilité de baguer les femelles, alors que les autres parcourent toute la surface de l’ile à la recherche de nids d’eider.

Bagueurs et collecteurs de duvet travaillent en équipe, puisque les deux opérations sont réalisées simultanément. Les bagueurs se tiennent en périphérie du territoire exploré par leurs collègues, alors lorsqu’une femelle prend peur et s’enfuit, elle se dirigera vers les bagueurs.

BAGUAGE

« Baguer », c’est simplement poser une petite bague de métal, numérotée, autour d’une des pattes du canard. Pour en arriver à cette étape, l’animal doit être attrapé à la main ou grâce à un petit filet. Le bagueur place ensuite le canard entre ses jambes et le retient avec ses cuisses pour faciliter l’opération.

Francis St-Pierre, un technicien de M. Giroux, explique. « On a peut-être l’air de les brusquer, mais pas du tout. Ce sont des oiseaux très forts et résistants. Il faut les voir percuter un arbre et reprendre tout de suite leur envol », soutient-il, alors que l’eider qu’il venait de baguer fuyait à toute vitesse, en pleine forme. Souvent, la femelle possède déjà une bague. Le bagueur ne fait alors que noter son numéro et la relâche tout de suite.

« Le baguage permet d’évaluer la survie des femelles nicheuses, mais aussi la croissance de la population. Leur degré de survie est assez élevé. C’est autour de 90%», indique-t-il, nommant la chasse et les rares épisodes de choléra aviaire comme causes de mortalité.

La capture, aussi rapide soit-elle, reste un épisode de stress pour l’animal. C’est pour cette raison que l’équipe tente d’être la plus délicate possible lors de ses excursions (uniques) sur les iles.

« On vient une seule fois pour limiter le dérangement. Il ne faut pas trop effrayer les femelles. Elles doivent revenir couvrir leur nid », indique M. Giroux, à genoux dans la broussaille.

COLLECTE DU DUVET

La journée du 27 mai en est une de « repos » pour l’équipe. « Une petite facile », comme l’ont appelée maintes fois les bagueurs. C’est que le Pot du Phare est l’une des iles qui possède le plus petit nombre de nids dans l’estuaire, avec un compte de 300 à 400. Sa voisine immédiate, le Gros Pot, en compte environ 2 000, alors que l’ile aux Fraises 1 400, l’ile Blanche 2 600 et l’ile aux Pommes (Trois-Pistoles) 2 500, estime M. Giroux.

Reste que ces 300 nids, il faut les trouver et le terrain n’est pas toujours coopératif. Par souci de protection, les femelles eider cherchent à abriter leur nid : roches en surplomb, troncs d’arbres, végétation épaisse, etc. Un nid qui reste toutefois très facile à identifier par ses gros oeufs de couleur olive pâle couchés dans le duvet.

Une fois un nid trouvé, seulement qu’une petite partie de l’édredon, le duvet laissé par la femelle, est récolté par l’équipe de Duvetnor. Tout le reste est laissé à sa place et est utilisé pour recouvrir les œufs. Cette manœuvre permet de protéger les nids des prédateurs comme les goélands.

Considéré comme le nec plus ultra des isolants naturels (grande cohésion, élasticité et pouvoir isolant), le duvet de l’eider est très recherché sur les marchés européens pour la fabrication de vêtements de luxe. Il est d’autant plus rare, puisqu’il est le seul duvet de canard à être récolté à même les nids sauvages.

Au total, 10 kilogrammes de duvet ont été récoltés auprès des nids présents sur le Pot du Phare, alors que 200 kg le seront pour l’ensemble de l’estuaire. Mais après les étapes de lavage, de rinçage et de stérilisation, qui seront effectuées à Saint-Antonin, seulement le sixième de tout ce duvet sera disponible pour la vente.

15h. En fin d’après-midi, ce 27 mai, un gros orage s’est abattu sur la région. L’équipe venait tout juste de terminer sa journée. « Un excellent ‘’timing’’ », se réjouit M. Giroux. Le groupe ne peut pas travailler sous la pluie, alors le prochain rendez-vous sera dans quelques jours, et il a déjà hâte.

 

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