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3 décembre 2016 - 15:45

Brise-Fer, le lutin maladroit

Info Dimanche

Par Info Dimanche, web@infodimanche.com

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Un conte de Noël de Richard Levesque

Il était une fois un lutin maladroit.  On l’appelait Brise-Fer, car il cassait tout sur son passage.  Brise-Fer travaillait aux ateliers du Père Noël, là-haut, au Pôle Nord; il adorait ça, travailler aux ateliers de jouets.  Seulement il était tellement maladroit!  Malgré sa bonne volonté, il perdait souvent les pièces des jeux de construction, il renversait les pots de peinture, il mélangeait les cheveux blonds des poupées avec le poil noir des oursons…

Alors il avait bien peur d’être renvoyé, et d’être obligé de travailler aux écuries le reste de sa vie.  C’est qu’il avait une peur bleue des rennes, le pauvre Brise-Fer!  

Aussi, il cherchait désespérément un remède à sa maladresse.  Mais il avait beau faire attention, c’était plus fort que lui.  Les joujoux qui sortaient de son établi n’étaient jamais parfaits.  Le contremaître, un grand lutin un peu grincheux, passait son temps à refuser les jouets de Brise-Fer.

—Regardez-moi ça! disait-il en grimaçant.  Jamais le Père Noël ne voudra donner des jouets aussi mal construits aux enfants.  Tu serais plus à ta place aux écuries, si les rennes veulent bien t’endurer!

Un jour, Brise-Fer alla consulter Vieux-Sage, un lutin tout ratatiné et presque aveugle qui finissait sa carrière en accordant des clochettes pour le traîneau du Père Noël.  Il lui raconta ses malheurs, lui avoua combien il avait peur des rennes.

Vieux-Sage l’écoutait avec bienveillance tout en limant un grelot pour qu’il donne le fa dièse.  À la fin, il lui dit de sa petite voix :

—Tu devrais aller voir Beau-Sourire.  C’est un lutin-magicien qui travaillait ici il y a longtemps; il dessinait des costumes pour les poupées.  Mais un jour il s’est mis à grandir, alors il a été obligé de s’exiler dans le Sud.  Je pense que tu le trouveras à Rivière-du-Loup.

—Mais comment faire pour aller à Rivière-du-Loup? pleurnicha Brise-Fer; je suis tout petit, moi, je ne serai jamais capable de marcher aussi loin!

—Demande à la Fée des Étoiles, répondit Vieux-Sage.  

Brise-Fer partit en écrasant avec son pied une clochette en si bémol, trébucha sur le seuil de la porte et s’en alla frapper chez la Fée des Étoiles.  Celle-ci accepta tout de suite de lui prêter une de ses étoiles filantes et HOP! en un clin d’œil, Brise-Fer se retrouva au pied de la croix de St-Ludger, habillé comme n’importe quel petit garçon.  Parce que les lutins, vous le savez, il ne faut pas qu’on les reconnaisse, nous, les humains.

Là, Brise-Fer s’aperçut d’une chose : c’est qu’il avait oublié de demander à Vieux-Sage comment faire pour reconnaître Beau-Sourire.  C’est grand, Rivière-du-Loup.  Il y a beaucoup de gens qui habitent ou qui visitent la ville.  Et plusieurs ont un beau sourire.  Comment faire pour retrouver un lutin-magicien parmi tout ce monde?

Brise-Fer a marché longtemps; il s’est promené sur la rue Témiscouata, sur la rue Lafontaine, sur la rue Fraser, partout dans la ville.  Mais personne ne lui répondait quand il faisait le signe secret qui permet aux lutins de se reconnaître entre eux, lorsqu’ils sont parmi les humains.

Le soir, Brise-fer s’est retrouvé au Centre commercial.  Il était tard, les magasins étaient sur le point de fermer, et Brise-Fer commençait à s’endormir.  Vous comprenez, venir du Pôle Nord en étoile filante, marcher dans toute la ville, tout ça était bien fatigant pour un pauvre petit lutin.  Surtout qu’avec sa maladresse habituelle, Brise-Fer avait glissé sur la glace, s’était cogné aux poteaux, avait failli se faire écraser par un camion…

Toujours est-il  que Brise-Fer s’est endormi sur la tablette intérieure d’un kiosque d’emballage.  Et quand tous les clients et tous les employés des magasins ont été partis, il est resté tout seul, enfermé dans le Centre commercial.  Il a dormi comme ça jusqu’au milieu de la nuit.

Mais quand tous les humains sont partis, il se passe des choses au Centre commercial…  Des choses que vous ne savez pas, que personne ne sait sauf ceux qui sont un peu sorciers, comme moi.  

Au milieu de la nuit, tout s’anime.  Les jouets se mettent à jouer, les livres battent des ailes et s’envolent comme des papillons, les vêtements paradent d’une vitrine à l’autre, les flacons de parfum s’entrouvrent pour échanger le secret des odeurs.  Dans la boutique d’animaux, les oiseaux jacassent, les chats miaulent et les chiens jappent.  On dit même que les figurines des magasins de cadeaux vont goûter à la crème glacée et aux bonbons.  Mais ce n’est peut-être qu’une rumeur…

En tout cas, tous ces bruits ont fini par réveiller Brise-Fer, qui est sorti de son kiosque d’emballage en faisant tomber une pile de rouleaux de papier rouge, bleu et or.  Et là, il s’est retrouvé en face d’un splendide mannequin de vitrine.  Ce mannequin, il souriait d’une manière si irrésistible que Brise-Fer a tout de suite compris que c’était lui, Beau-Sourire, le lutin-magicien.  Alors il lui a raconté toute son histoire sans même reprendre son souffle.

Beau-Sourire, tout en admirant son image dans toutes les vitrines devant lesquelles il passait, est allé prendre différents ingrédients à l’épicerie, au magasin d’aliments naturels, dans les armoires des restaurants.  Il a emprunté une grande marmite ici, une grande cuillère là, et il a préparé une potion verdâtre et pas très appétissante.  Puis il en a versé une grande tasse à Brise-Fer en lui ordonnant de boire sans reprendre son souffle.

Brise-Fer n’était pas très rassuré.  Mais autour de lui tout le monde l’encourageait : les livres s’étaient posés sur la tranche et semblaient l’observer, les habits lui faisaient des signes d’encouragement avec leurs manches vides, les poupées lui souriaient et les oursons lui donnaient des coups de pattes dans le dos.  Alors Brise-Fer a pris une grande respiration, il a fermé les yeux et il a bu tout d’un trait le liquide verdâtre.

Aussitôt il a senti comme une grande chaleur, et il a eu une impression bizarre; c’est comme si avant il avait eu tous les membres dans le plâtre et que, tout d’un coup, le plâtre était parti.  Il se sentait léger, mais solide.  

Sans avertissement, Beau-Sourire lui a lancé une tasse et une soucoupe en porcelaine fine; sans effort, Brise-Fer a attrapé la tasse de la main droite, la soucoupe de la main gauche et les a posées l’une sur l’autre.  Autour d’eux les livres applaudissaient de toutes leurs pages, les habits levaient en l’air leurs manches vides, les poupées riaient et les oursons faisaient des cabrioles.

—Bravo! dit simplement Beau-Sourire.  Tu es débarrassé de ta maladresse; maintenant tu n’as plus à craindre d’aller travailler aux écuries.  Tu vas pouvoir rester à l’atelier et nous fabriquer de beaux jouets.

—Merci, merci, vous avez fait de moi un autre lutin, répondit Brise-Fer.  Et vous savez, je pense que maintenant je n’aurais même plus peur des rennes…

Brise-Fer serait bien resté encore un peu au milieu de ses nouveaux amis; seulement tout ça se passait peu de temps avant Noël, et le travail pressait au Pôle Nord.  Aussi ne fut-il pas trop surpris de voir apparaître l’étoile filante, qui le ramena directement à son établi.

Depuis ce temps-là, les jouets que les enfants trouvent sous le sapin fonctionnent parfaitement : les trains roulent sur leurs rails, les petites voitures ne portent plus de taches de peinture, les poupées n’ont plus de touffes de poil noir dans leurs cheveux blonds et les oursons n’ont plus de touffes blondes dans leur poil noir.

Quand à Brise-fer, il a changé de nom.  En souvenir de son tour à Rivière-du-Loup, on l’appelle maintenant Tourelou...

 

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3 réactionsCommentaire(s)
  • Merci, grand-maman J et BN, de m'encourager. C'est pour moi un beau cadeau de Noël!

    Richard L. - 2016-12-04 19:10
  • Merci Monsieur Lévesque d'ajouter votre talent et d'entretenir l'imaginaire de cette belle période des fêtes

    BN - 2016-12-04 10:23
  • Je viens de raconter une histoire a mes 2 petites-filles avant le coucher. La votre est bien composée,locale et fantastique! Bravo!

    grand-maman J. - 2016-12-03 20:35