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26 avril 2017 - 15:39 | Mis à jour : 27 avril 2017 - 11:02

Le bois d’œuvre sur la sellette

Francois Drouin

Par Francois Drouin, Journaliste

Twitter Francois Drouin

Cette semaine encore, le président américain Donald Trump y est allé d’une nouvelle diatribe contre les échanges commerciaux liant le Canada et les États-Unis. S’il a ciblé le pétrole, les produits laitiers et le bois d’œuvre, ce sont ces deux derniers qui pourraient avoir un impact économique au KRTB.

Bouffon, misogyne et dangereux narcissique pour les uns, défenseur de la grandeur américaine pour les autres avec ses mesures protectionnistes dont le fameux «Americain Act», Donald Trump bouscule.

Après le lait la semaine dernière (voir autre texte en page 7), le bois d’œuvre canadien fait maintenant l’objet du courroux du président populiste. L’imposition d’une taxe de près de 20 % en moyenne sur le bois d’œuvre canadien inquiète une industrie encore fragile et pourrait même menacer plusieurs emplois dans l’est du Québec.

GROUPE LEBEL

Pour le président-directeur général du Groupe Lebel, Frédéric Lebel, l’imposition d’un droit compensateur de 19,88 % pour exporter ses produits chez nos voisins du sud passe mal. Ce tarif ne constitue ni plus ni moins qu’un droit d’entrée. Ce taux sera imposé en fonction de l’évaluation effectuée par les responsables américains et qui variera d’une entreprise à l’autre. Seconde pilule difficile à avaler, c’est la rétroaction de cette taxe sur les 90 derniers jours d’exportation.

«Pour nous, la rétroaction à elle seule représente déjà une somme de plusieurs millions de dollars que nous pourrions débourser. Ce que je m’explique mal aussi, c’est pourquoi le montant sera différent pour certaines des plus grosses entreprises. Pourquoi Groupe Lebel, quand Produits forestiers Résolu n’a pas à le faire, où est la logique ?», s’interroge le dirigeant louperivois.

M. Lebel cible aussi le taux de taxation préférentiel auquel ont droit des entreprises comme Produits forestiers Résolu qui s’approvisionne en forêt publique alors que Groupe Lebel s’approvisionne à 70 % en forêt privée au Québec, au Nouveau-Brunswick et dans l’état du Maine.

«C’est là un autre préjudice. On se rappelle que les Américains, c’est contre l’approvisionnement en forêt publique qu’ils en ont. Là, nous payons plus de taxes, alors nous sommes en mode compréhension. On réfléchit à nos stratégies. Une fois que nous aurons toutes les données, notamment l’aide gouvernementale, nous serons en mesure de nous faire un plan de match pour l’avenir.»

Pas moins de 50 % de la production de Groupe Lebel est destinée au marché américain. L’impact pourrait-il entrainer des pertes d’emploi et même des fermetures d’usines ? «Nous n’en sommes pas là pour le prochain trimestre. Le Canada devra s’impliquer et négocier. Il devra surtout offrir un support à l’industrie afin d’éviter un autre accord qui sera tout simplement remis en cause dans cinq ans par les Américains», conclut Frédéric Lebel.
Groupe Lebel célèbre cette année son 61e anniversaire. L’entreprise emploie plus de 600 personnes, dont plus de 300 seulement au KRTB.

FORÊT

Le directeur général du Syndicat des producteurs forestiers du Bas-Saint-Laurent, Charles-Edmond Landry, demeure optimiste. «À chaque différend, le Canada a toujours gagné sa cause.  Il n’y a pas de raison que notre industrie ait à payer des droits compensatoires. Au niveau provincial, l’industrie avec la forêt publique n’est pas subventionnée et avec le nouveau régime on paie des redevances énormes pour le bois provenant de la forêt publique.»

M. Landry ne cachait pas son espoir de voir le gouvernement provincial libérer une aide qui viendrait éponger en grande partie les droits compensatoires. «Nous estimons à près de 240 M$ ces droits compensatoires pour l’industrie, une somme qui pourrait être absorbée le temps que le différent se règle avec les États-Unis.»

Quant au fédéral, le président du SPFBSL soutient qu’il serait maintenant inconcevable que le gouvernement canadien n’appuie pas l’industrie. «Généralement, on est moins écouté que dans l’Ouest par le fédéral qui est plus prompt à y intervenir. Cette fois, il n’aura pas le choix. Si ça va mal dans les scieries, l’impact sera ressenti chez les propriétaires de lots boisés. Groupe Lebel, à titre d’exemple, est un important client pour nous.»

Seulement en forêt privée en 2016, près de 1,2 million de mètres cubes solides ont été mis en marché. En valeur monétaire, cette production s’élève à 67 043 465 $. Pas moins de 176 933 mètres cubes solides de bois à pâtes, papiers et panneaux, régis par le SPFBSL ont transigé vers les usines.

AIDE

Mardi, si aucune somme spécifique aux droits compensatoires n’a été annoncée, le gouvernement du Québec a néanmoins rendu immédiatement accessible le programme ESSOR afin de soutenir près de 200 entreprises québécoises touchées.  Selon le gouvernement Couillard, cet appui financier, sous forme de prêts et de garanties de prêts sur une base commerciale, donnera un peu d’oxygène aux forestières qui pourraient manquer de liquidités au cours des prochains mois afin qu’elles puissent continuer à approvisionner le marché américain.

Par ailleurs, lors du Forum Innovation Bois qui s’était tenu à Rivière-du-Loup en octobre dernier, le gouvernement du Québec avait annoncé une série de mesures totalisant des investissements à court terme de plus 38 M$ afin de  soutenir la modernisation et la transformation de l’industrie des produits forestiers. De plus, lors du dépôt du budget
2017-2018, une somme de 46 M$ a été ajoutée afin de poursuivre la mise en œuvre des mesures annoncées lors du Forum.

Du point de vue fédéral, le premier ministre Justin Trudeau a promis mardi une réponse ferme à Donald Trump. De son côté, le député du PLC de la circonscription d’Avignon–La Mitis–Matane–Matapédia, Rémi Massé, a souligné via sa page Facebook que les accusations américaines ne reposaient sur absolument aucun fondement.

«Nous défendrons vigoureusement les intérêts de l’industrie canadienne du bois d’œuvre résineux, y compris en recourant aux tribunaux. (…) Nous avons eu gain de cause dans le passé et il en sera de nouveau ainsi.»

 

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