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10 février 2017 - 06:54

Baisse de la population de cerfs de Virginie

Le parc national n’est pas en cause

Mario Pelletier

Par Mario Pelletier, Journaliste

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Joanne Marchesseault, biologiste, a suivi l’évolution du cerf de Virginie dans le ravage du lac Témiscouata avant et après l’aménagement du parc national. La population de cerfs de Virginie y a diminué, principalement en raison d’hivers rigoureux, mais nullement à cause de l’infrastructure naturelle et récréative.

«Je demeure dans le JAL (Saint-Juste-du-Lac, Auclair et Lejeune) depuis plusieurs années et j’ai travaillé au parc national du Lac-Témiscouata pendant six ans. La Sépaq s’était engagée à faire un suivi de la population de cerfs de Virginie», a d’abord expliqué Mme Marchesseault.

Au cours de l’hiver et du printemps 2016, elle a réalisé un bilan des différents suivis réalisés sur le cerf de Virginie entre 2004 et 2015, soit 6 ans avant et 6 ans après la création du parc national. «J’ai mis 500 heures sur ce dossier l’hiver dernier. Je peux dire que la création du parc national n’a pas eu d’impact direct, les hivers difficiles et la diminution de la nourriture disponible sont les principales causes de la baisse de la population», a noté la biologiste.

Chaque hiver, plusieurs centaines de chevreuils retournent instinctivement dans le ravage afin de s’abriter et de se nourrir. Le fait qu’il y ait peu de visiteurs et qu’il n’y ait pas de circulation automobile sur les routes du parc durant cette période, cela réduit au maximum le dérangement et l’impact de l’infrastructure de plein air.

DES CHIFFRES

Notons que le ravage de cerfs de Virginie du lac Témiscouata est un des plus importants au Bas-Saint-Laurent, il occupe près de 80 % de la superficie du territoire du parc et un tiers du ravage déborde le parc. «J’ai utilisé les données d’inventaire du ministère prises par hélicoptère pour analyser la densité du réseau de pistes», a-t-elle expliqué. Les hivers rigoureux pour lesquels la neige est abondante sont la principale cause de la baisse de la population. Ainsi en 2008, on a noté un taux de mortalité se situant entre 30 % et 40 %. Il a fallu trois années pour que la population revienne à la normale. 2014 fut un autre hiver difficile en terme de neige.

En 1997, soit avant la création du parc national, la densité du cerf de Virginie était de 9,7 au kilomètre carré. Puis en 2006, suite à un inventaire du ministère, elle était encore aux alentours de 10 cerfs au kilomètre carré. En 2012, un autre échantillonnage a été réalisé cette fois sur 75 parcelles échantillons installées un peu partout dans le parc, c’est alors que l’on a constaté une baisse très importante de la population pour atteindre 1,6 au kilomètre carré. Suite à un hiver très clément en 2013, on a alors enregistré une augmentation de densité pour une occupation de 6,25 chevreuils par kilomètre carré dans le territoire du parc.

«Durant l’été et l’automne, les cerfs se déplacent beaucoup dans le JAL, d’ailleurs ce secteur est un territoire où la récolte de chasse est la plus élevée l’automne. L’augmentation importante des densités de chevreuil dans le parc en seulement un an suggère que cette hausse provenait de l’extérieur du parc. On retrouve d’ailleurs plusieurs petites pochettes de ravage dans le JAL. Dans ce contexte, la forêt privée du JAL représente donc une alternative très intéressante pour les chevreuils. En 2013, ils sont revenus dans le parc national», a expliqué la biologiste.

D’AUTRES FACTEURS

Nous constatons que la population de cerfs de Virginie peut varier considérablement en quelques années. Même si les hivers rigoureux sont probablement la cause la plus importante, d’autres facteurs sont aussi à considérer. Avec la création du parc national, il y a eu l’arrêt des travaux forestiers sur son territoire. «On a également remarqué que la nourriture avait diminué de façon importante. Après l’analyse de la végétation disponible, le territoire du parc national pourrait supporter une population de 4,8 cerfs au kilomètre carré», a souligné Joanne Marchesseault. Toutefois, l’arrêt des travaux ne peut expliquer à lui seul cette baisse de nourriture. «La baisse du cerf de Virginie s’est également fait sentir dans d’autres secteurs du Bas-Saint-Laurent, aussi il est possible que l’augmentation de la population de l’orignal puisse en être une des causes mais cela reste à vérifier, d’ailleurs le ministère travaille sur cela actuellement. Les deux animaux se nourrissent de la même végétation. On remarque aussi la présence du coyote, son principal prédateur», a expliqué la biologiste.

Finalement quel sera l’effet de l’hiver 2016-2017 pour lequel la neige est tombée abondamment? À suivre… Si vous désirez en savoir davantage sur ce sujet, notez que Joanne Marchesseault partagera le bilan de sa recherche le dimanche 26 février à 13 h 30 à la Bibliothèque municipale de Sainte-Juste (école Plein Soleil), 37, chemin Principal, Saint-Juste-du-Lac et également à Squatec, à la salle municipale le 15 février à 19 h 30.

 

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2 réactionsCommentaire(s)
  • Je ne suis pas loin de Cabano, et sur ma terre, l'an passé, durant l'hiver, j'ai vu des dépouilles de chevreuils massacrés et mangés par les coyotes, je n'avais jamais vu ça avant, et j'avais beaucoup de chevreuils sur les terres ici. Ce fut un véritable carnage tout l'hiver, et même à côté de la maison. Selon les pistes, les coyotes étaient très nombreux. Il y a un problème sérieux de coyotes

    Marie-Johanne - 2017-02-13 11:46
  • Selon moi une des causes de la diminution du ravage du Lac Témiscouata est la 85.

    Auparavant, il était fréquent à l’automne de voir des cerfs traverser la 185 et le lac pour aller vers le ravage. Depuis la construction de la 85, et surtout l’érection de clôture de protection contre les gros mammifères la bordant des deux côtés, il est devenu presque impossible pour les cerfs de traverser la 85. Le flux migratoire automnal et hivernal entre les terres à l’ouest de Témiscouata sur le Lac et le ravage situé à l’Est du Lac a dramatiquement diminué.
    Ajoutez à cela la prédation par les chiens. Ex. : en Janv de mes amis ont découvert 3 cerfs morts entre le site d’enfouissement de Norempak et le Domaine à Cabano. Ces carcasses ne présentaient aucun signe de prédation (morsure, sang, etc.,) ce qui indique qu’ils ont possiblement été épuisé par des chiens errants (je le sais année après années j’en croise dans ce secteur) dont les maître ne jugent pas bon de garder attaché le jour ou dans la maison croyant qu’ils resteront gentiment sur le terrain. Surtout qu’au moins deux proprio de ces secteurs nourrissent les cerfs l’hiver ce garde les cerfs hors de leurs zones de ravage hivernaux. Ce qui lors des gros hivers, hypothèque leurs survie car un cerf n’est pas fait pour se déplacer dans une neige épaisse il s’épuise.
    Finalement oui cet hiver est dur pour les cerfs, la semaine passée j’en observé un groupe de 15 individus traversant le lac d’ouest en Est à la hauteur de NDDL St-Juste et le lendemain j’ai observé un groupe de 25 cerfs descendant le lac à la hauteur du pont de glace. Ils se dirigeaient vers le sud. IL est rare de voir un si gros groupe de cerfs sur le Lac en milieu d’avant-midi

    G.Duquette - 2017-02-10 09:00