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10 novembre 2016 - 15:33 | Mis à jour : 18:41

Regard sur l’intimidation

Francois Drouin

Par Francois Drouin, Journaliste

Twitter Francois Drouin

Frédéric-Xavier Lafond est un survivant. Le jeune homme âgé de 18 ans revient de loin. Victime d’intimidation pendant près de 12 ans, réchappé d’une tentative de suicide,  il porte un regard dur, mais lucide sur l’intimidation. Néanmoins, son témoignage en est un d’espoir.

Briser le silence, c’est briser l’isolement dans lequel l’intimidé, la victime, est enfermée, coupée du monde. «Il faut en parler. On doit se faire entendre, user de sarcasme s’il le faut pour faire réaliser à l’agresseur qu’on semble vraiment important dans sa vie. Il faut le court-circuiter dans son élan», lance avec assurance Frédéric-Xavier.

L’intimidation a fait son entrée dans sa vie dès l’école primaire. Souffrant d’un trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), il dérange en classe. «Certains profs n’acceptaient pas mes difficultés. J’étais souvent réprimandé devant les autres. Je suis même déjà arrivé à l’école et mon bureau m’attendait… dans le corridor.»

Quand les railleries, les coups, la méchanceté sont le lot quotidien d’un enfant laissé sans support, on le pousse à se couper du monde. Un seuil qu’il a franchi il y a quelques années en tentant de mettre fin à ses jours. Heureusement, la vie l’a rattrapé juste à temps.

La présence d’un camarade de classe qui viendra s’interposer face aux agresseurs, une première en 12 ans, sera une véritable bouffée d’air frais. «Rendu là, j’étais poqué, je n’avais plus confiance en beaucoup de gens.» Quelques exceptions lui permettront de tenir bon, la présence d’un ami et de son frère, ses deux complices, de sa mère et de son grand-père ont constitué un îlot où il a pu reprendre son souffle, s’y sentir libre, libre de toute agression. «Ils m’ont soutenu. J’ai découvert ma passion pour la mécanique avec mon grand-père. Alors j’ai tenu bon. Je voulais juste me rendre ici, au Projet Filet.

LA RÉUSSITE

Frédéric-Xavier Lafond revient donc de loin. Le visage de Vicki Levesque, intervenante sociale au Projet Filet, s’illumine. «Il y a un an, ce n’était pas du tout le même individu. Il a fait beaucoup de travail, d’abord pour accepter l’intimidation dont il a été victime, puis réapprendre à faire confiance.»

«Quand je suis arrivé ici, je me voyais comme un déchet de la société. Avec Vicki et Julie (Létourneau), j’ai beaucoup travaillé. J’ai pris confiance en moi. Aujourd’hui, je peux faire face à des situations plus complexes avec d’autres individus. Je sais gérer mon impulsivité, et j’ai accepté mon TDAH», raconte le jeune homme.

Mieux encore, il reprend le retard académique accumulé qui lui permettra de terminer ses préalables afin d’étudier en mécanique. «On découvre aussi que Frédéric-Xavier est un jeune rempli de talent, notamment en français. Il a déjà réussi ses niveaux 2 et 3 en seulement une année. C’est pourquoi il faut apprendre à ignorer l’intimidateur, car si on lui accorde de l’importance, c’est comme si on lui donnait une raison de continuer. Pire on risque de le croire», souligne Mme Levesque.

Parmi les défis qu’il a eu à relever, réapprendre à faire confiance arrive en tête de liste. Vivre chaque jour la violence, parfois verbale, parfois physique laisse des marques. Le jeune homme sourit, on sent dans son regard la fierté du chemin parcouru. C’est un battant, il le sait maintenant.

JUSTICE

Il plaide aujourd’hui pour que le droit à l’éducation ne se limite pas à protéger l’agresseur, mais bien la victime. «Si les situations que j’ai vécues se déroulaient entre adultes, il pourrait y avoir des accusations criminelles. Dans le cas d’élèves, l’école ne peut même pas renvoyer l’intimidateur chez lui pour ne pas brimer son droit à l’éducation. C’est la victime qui paie.»

Frédéric-Xavier souhaite donc que les écoles disposent de plus d’autonomie. «On a coupé dans les ressources d’aide à tous les échelons scolaires. Les intimidateurs et agresseurs mobilisent aussi les rares ressources disponibles, ce qui laisse peu de temps aux intervenants avec la victime», confirme Mme Levesque.

«Quand tu es intimidé, comment veux-tu avoir confiance en une ou deux rencontres? Ça ne fonctionne pas», ajoute le jeune homme.

L’intimidation fait mal. Elle laisse ses victimes poquées, écorchées, polytraumatisées dans l’âme. Le retour est parfois difficile, rempli d’embuches, mais le témoignage de Frédéric-Xavier Lafond est la preuve que la pente n’est jamais trop abrupte pour être remontée.

PROJET FILET

Le Projet Filet est un programme communautaire mis de l’avant par L’Étape Normandie Rivière-du-Loup. Tous les participants du projet passent par un processus d’orientation visant à cerner les élèves et à les encadrer, non seulement du point de vue académique, mais également du côté humain. «Il s’agit d’une classe protégée où un maximum de 15 élèves sont admis. On crée un milieu de vie, c’est un peu comme une famille», précise l’intervenante sociale.

Le projet est composé de 14 heures dans un volet scolaire et de 16 heures dans un volet éducation à la citoyenneté et ce, à chaque semaine. Il se déroule au Centre d’éducation des adultes de Rivière-du-Loup. Il vise une clientèle âgée de 16 à 30 ans.

Pour plus d’informations, vous pouvez contacter Julie Létourneau, coordonnatrice, ou Vicki Levesque, intervenante sociale au 418-862-8277, poste 3692 ou par courriel à l’adresse suivante: projet.filet@hotmail.fr.

 

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