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10 juillet 2016 - 07:31

Une catastrophe toujours bien en mémoire

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

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Le 10 juillet 1966, c’était la catastrophe à Cabano. Le moulin Fraser, poumon économique de la petite municipalité témiscouataine, est complètement ravagé par les flammes. Alors jeune adulte, Ghislain Nadeau est l’un des premiers ouvriers, avec son père, à se rendre sur le site. Récit d’une journée cauchemardesque. 

Ghislain Nadeau avait 18 ans en juillet 1966. Le jeune homme entamait son premier été complet, de juin à août, à l’emploi du principal employeur de Cabano. Sa famille habitait le «Village Fraser», secteur regroupant les résidences de plusieurs employés. La maisonnée était située à moins de 100 mètres de l’entrée de la cour du moulin à scie. 

« Nous étions assis à l’extérieur avec de la visite quand le criard s’est fait entendre. C’était le moyen que prenait le gardien de sécurité pour sonner l’alarme à l’époque », se remémore M. Nadeau. « Mon père s’est levé d’un trait. Ensemble, nous avons couru vers les lieux. »

À leur arrivée, au bas d’un large escalier menant au 1er étage du moulin, ils ont confirmé le pire. Des flammes jaunes et rouges ravageaient la limerie, pièce située tout en haut du moulin où les employés « limaient des scies à ruban ». Sans perdre de temps, père et fils ont alors sauté sur un petit tracteur et son attelage stationné tout près et ils se sont partis à la recherche de boyaux d’incendie que l’on retrouvait à quelques endroits sur le site du moulin. 

« Sur le chemin du retour, de nombreux travailleurs accouraient vers le moulin. Plusieurs étaient en chemises blanches, puisqu’ils revenaient de la messe », raconte M. Nadeau. 

Les employés déjà sur place se sont rapidement emparés des boyaux, les ont branchés sur les bornes-fontaines de la compagnie et se sont empressés de gravir les marches pour arroser le brasier. « Mon père m’a alors obligé à aller rejoindre ma mère. J’ai obéi tout de suite », a-t-il ajouté, se remémorant encore très bien de cette fameuse journée. 

Plusieurs dizaines de personnes étaient déjà présentes sur le site quand le premier camion d’incendie, celui de la municipalité, est arrivé au moulin. Selon M. Nadeau, plusieurs autres étaient également regroupées sur la rue Commerciale pour assister à ce terrible spectacle. Celui d’une centaine d’emplois, en période estivale, qui s’envolaient en fumée. Heureusement, personne n’est décédé dans le cadre de cet incendie. 

EMBRASEMENT RAPIDE

Malgré les efforts des différentes équipes de pompiers dépêchées sur place, le moulin était complètement détruit en fin d’après-midi, tout comme la chaufferie, lieu où l’on faisait la vapeur qui alimentait la machinerie. 

Construit en 1898, le moulin à scie de la famille Fraser possédait une charpente entièrement faite de bois. La présence de produits pétroliers (huiles et graisses) a aussi fortement contribué à un embrasement généralisé très rapide. Le travail des pompiers a toutefois permis de sauver quelques bâtiments érigés à proximité.  

Reste que la chaleur qui émanait du moulin était tellement forte que les locataires des logements les plus rapprochés avaient même « débuté l’arrosage de leurs maisons à l’aide de boyaux domestiques », ajoute Ghislain Nadeau dans un texte qu’il a écrit sur les évènements. « Quelques familles avaient même commencé à sortir leurs vêtements de leur demeure. »

L’incendie du moulin Fraser de Cabano est certainement l’un des plus gros drames qu’a vécue la municipalité au cours des 50 dernières années. « C’était la désolation chez les travailleurs, une catastrophe pour les pères de famille. » 

 

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1 réactionsCommentaire(s)
  • Lors du feu de la Ville en 1950, toute la cour et sa réserve de bois, plus de 1 million de pmp, avaient brûlées.
    Seul le moulin était demeuré intact.
    En 1966 lors de l'incendie relaté ici, c'est l'inverse qui s'est produit.

    Observateur - 2016-07-10 13:56