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26 novembre 2014 - 14:10 | Mis à jour : 16:36

Tragédie de L'Isle-Verte: des témoins marqués au fer rouge

Marc Larouche

Par Marc Larouche, Journaliste

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Rivière-du-Loup - L'incendie de la Résidence du Havre a marqué au fer rouge plusieurs témoins qui sont arrivés sur les lieux dans les premiers instants et se sont sentis impuissants devant l'ampleur du brasier.

Pascal Paquin de Napierville circulait sur la route 132 en direction est, lorsque lui et sa soeur, Nathalie Paquin-Tanguay, ont remarqué des flammes qui sortaient du deuxième étage de la résidence pour personnes âgées. Il était entre 0h22 et 0h30.

M. Tanguay a couru, a ouvert la porte principale, mais s'est buté à une deuxième verrouillée. «Il y avait beaucoup de boucane, mais pas de flammes au rez-de-chaussée, les gicleurs ne fonctionnaient pas», se souvient celui qui a dû interrompre sa déposition à quelques reprises, refoulant ses sanglots. «Il n'y a pas de doute, j'entendais le système d'alarme.» Il dira ensuite croire avoir vu des flammes au rez-de-chaussée, près de la cuisine.

Sa soeur affirme elle aussi avoir vu des flammes en bas, au rez-de-chaussée, mais pas en haut.

« FREE FOR ALL »

Pascal Paquin dit être retourné dans son véhicule chercher une cagoule et une lampe de poche.

«Le vent poussait le feu sur les côtés, il y avait de la fumée partout, j'ai vu des gens en détresse, j'ai tenté de venir en aide à une personne sur son balcon. Ça n'a pas été possible. C'était le ''free for all.'' Je n'ai pas vu de pompier, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en avait pas. Le premier que j'ai vu, à ma deuxième tentative pour sauver la personne, avait son costume, mais pas d'appareil respiratoire.» Ces minutes lui ont paru une éternité.

Différentes vidéos tournées par Audrey Dumont et son amie qui passaient par là en voiture autour de 0h30 montrent que le feu a pris de l'ampleur très rapidement. «Il y avait des flammes dans une chambre au deuxième étage. C'était vraiment localisé à cet endroit. Des tisons sortaient et tombaient dans le stationnement», témoigne la jeune fille qui a appelé le 911.  

« VENEZ ME CHERCHER! VENEZ ME CHERCHER! »

Conrad Morin, 89 ans, était couché depusi 22h dans sa chambre de la phase 1 de la Résidence du Havre le 23 janvier. Il revenait d'aller voir sa femme, Éva Saindon, 92 ans, au rez-de-chaussée. Plus tard, de la fumée s'est infiltrée dans sa chambre et il s'est mis à tousser.

«Ça m'a réveillé. J'ai vu que quelque chose n'allait pas. J'ai ouvert la porte, qui était chaude, il y avait de la fumée, j'entendais crier les femmes ''venez me chercher, venez me chercher!''. J'ai fermé la porte, je me suis habillé un peu et j'ai décidé de descendre par le balcon.»

L'homme assure que le détecteur de fumée de sa chambre ne fonctionnait pas et qu'il n'a entendu celui du passage que lorsqu'il a ouvert la porte. «Il y avait du plastique devant la porte-fenêtre pour le froid. Je l'ai déchiré, j'ai attaché mes draps après la rampe, je l'ai enjambé, mais ça n'a pas tenu. Je suis tombé sur la glace.»

Reprenant ses sens, il a tenté de se diriger vers l'appartement de sa femme pour la sauver, mais sa jambe était cassée et avec la fumée intense, l'homme, qui a subi sept fractures, a rebroussé chemin et a rampé vers la route 132, où il a vu M. Bélanger, qui l'a appelé par son nom. Il était avec la copropriétaire, Irène Plante. «J'en ai perdu un bout. Il m'ont embarqué dans le char, je me suis réveillé à l'hôpital le lendemain.» Pensionnaire depuis deux mois et demi, il n'a jamais participé à un exercice d'évacuation.

SAUVETAGE

Arnaud Coté, 84 ans, était à la Résidence du Havre depuis sept ans. Il occupait la chambre 224, dans la phase 2. C'est l'alarme du corridor qui l'a réveillé. «J'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu que le feu était pris de l'autre côté, dans la partie 1, au rez-de-chaussée et au premier étage.»

Il est sorti de sa chambre et a croisé le gardien de nuit, Bruno Bélanger, qui frappait dans la porte de la copropriétaire, Irène Plante et lui criait de se réveiller. «Le feu est pris dans la chambre de Paul-Étienne Michaud», disait-il. M. Côté dit l'avoir aidé en frappant aussi dans le mur pour la réveiller. «J'ai viré de bord pour aller retrouver mes trois voisines pour leur dire que le feu était pris et qu'il fallait se sauver.»

Ils ont quitté par l'escalier arrière et se sont réfugiés dans un garage avec M. Bélanger et les deux propriétaires, Mme Plante et M. Bernier, avant d'être transportés dans le gymnase de l'école.

RÉPONSES ÉVASIVES

Préposée de nuit à la Résidence du Havre de 2003 à 2013, Diane Néron est venue expliquer son emploi du temps. Elle dira qu'elle avait appris que M. Bélanger «sortait» avec Mme Plante, la copropriétaire, mais ne semblait profiter d'aucun bénéfice particulier. Devant ses réponses évasives concernant le mode d'évacuation de la résidence, le coroner a cru bon de réagir.

«Est-ce qu'il y a quelqu'un dans cette salle ou dans le monde entier qui pense que cette dame peut évacuer à elle seule 35 personnes?»

«Monsieur Bernier (le copropriétaire) le pensait», a rétorqué le procureur de la municipalité de L'Isle-Verte.

Roch Bernier et un employé, André-Jules Lévesque, témoigneront cet après-midi. Par ailleurs, deux journées supplémentaires auront lieu en décembre.

 

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3 réactionsCommentaire(s)
  • Il est vrai que près de 70% des détecteurs de fumée actuellement commercialisés ne répondent pas aux exigences et devraient être retiré des ventes. Seul les grossiste détecteur de fumée disposant de DAAF certifiés NF et CE sont en mesure de vendre en gros leur marchandise.

    batist - 2015-02-25 04:14
  • C'est épouvantable tout ca! Pensons au aînés qui sont traumatisés par le décès de leur conjoint(e) ou par la vue de personnes en détresse!

    Anonyme - 2014-12-07 09:18
  • Bien hâte d'entendre ti-Bruno!

    V.D. - 2014-11-26 19:39